Et on repart à l'ouest
Pour commencer le mois, je retrouve la radio La Clé des Ondes, située entre le quartier des Chartrons et Bacalan. Elle a un statut un peu particulier : il s’agit d’une radio d’opinion, la première qui croise. Elle est née en 1981 pour porter la voix des différents courants de gauche. Son histoire s’est un peu perdue au fil du temps. Elle aurait été créée par des syndicalistes et ses membres y entraient seulement par cooptation, un système qui permettait de contrôler qui pouvait prendre l’antenne, mais qui finit par manquer de bénévoles.
Sous l’impulsion de quelques salarié·e·s et bénévoles, la radio s’ouvre à toute personne en adéquation avec les valeurs de l’association. Les membres historiques, en désaccord avec cette décision, ont préféré se retirer, emmenant l’histoire de la radio avec eux. La Clé des Ondes est restée la radio qui donne à entendre un pluralisme de gauche, de l’anarchisme à la gauche modérée. En ouvrant ses portes à la société civile, la radio a intégré une diversité d’émissions au-delà de la politique : cinéma, musiques ou féminisme se sont invités dans la grille. Si l’objectif premier de certaines émissions n’est pas de parler politique, la radio s’affichant ouvertement et très clairement de gauche n’attire pas n’importe quel·les animateurices bénévoles. Sur les 150 bénévoles, beaucoup viennent pour ces valeurs, qu’iels portent par ailleurs. |
|
Par exemple, lorsque je suis passée sur l’émission Onda Latina, l’émission de la communauté latino-américaine. C’est une émission bien rythmée qui existe depuis presque autant d’années que la radio et qui mêle musiques, actualités et politique. Parmi les fondateurices, se trouvait un réfugié chilien. Aujourd’hui, c’est son fils et toute une équipe qui ont repris l’émission. De cette expérience radiophonique est née l’association du même nom, qui regroupe les nombreuxses animateurices de l’émission et a pour but de fédérer la communauté et partager la culture latino-américaine.
Emissions Onda Latino America
| Au quotidien, 3 salarié·e·s sont présent·e·s pour former les nouvellaux bénévoles, animer la vie associative, gérer les financements, les ateliers radio, assurer la gestion administrative, etc. Deux salariés sont arrivés après des écoles de journalisme, mais sont aujourd’hui à des postes bien plus administratifs. Le journalisme n’est pas le cœur du travail de ces salariés, qui ont décidé de faire passer les besoins de l’association avant l’envie de faire du journalisme. Prioriser les fonctions supports en laissant la production d’émissions aux bénévoles, c’est aussi la condition pour l’équipe de ne pas s’épuiser. Recadrer les missions de chacun·e quitte à ne pas ou peu faire ce pour quoi on a été formé·e. Cette organisation illustre bien toute la fragilité économique des radios associatives. Le FSER ne suffit pas et, en tant que radio d’opinion ancrée à gauche, tout dépend de la couleur politique et du bon vouloir des collectivités locales pour les autres subventions. |
Pas le choix : pour rester libre de sa ligne, il faut diversifier, aller chercher de l’argent à travers des prestations, des ateliers et sa communauté d’auditeur·ice·s. Depuis quelque temps, les salarié·e·s tentent de renforcer un collectif plus soudé autour de la radio et l’implication du CA en soutien aux salarié·e·s.
Studio Amplitude Radio
J’ai eu connaissance de cette webradio par l’intermédiaire d’une amie, qui connaît quelqu’un, qui connaît quelqu’un, vous voyez le truc… Je ne suis pas contre l’idée de rencontrer des webradios, mais il y a déjà tellement de radios en FM et en DAB+ qu’ajouter les webradios à ce voyage est mission impossible. J’ai tout de même passé un après-midi avec elle pour en savoir plus sur le projet de cette jeune radio qui souhaiterait trouver sa place sur les ondes bordelaises.
Au départ, Amplitude, c’est un collectif de jeunes DJ qui organisent des événements festifs. Pour prolonger ce partage de musiques et mettre en avant de plus en plus d’artistes, iels se lancent dans la création d’une webradio. Une dizaine de bénévoles s’engagent dans son développement : sélection et programmation musicale (qui ne se limite pas à l’électro/techno), invitation d’artistes pour des lives, gestion associative et continuation de l’organisation d’événements.
Melvin et Léo - Amplitude Radio
La radio est devenue l’activité principale de l’association, qui espère bien pouvoir obtenir une fréquence DAB+. Pas facile de ne développer cette radio qu’avec des forces bénévoles, qui n’ont donc que peu de temps à côté de leur travail. Néanmoins, le projet plaît : elle s’est installée un studio dans un lieu collectif et essaie de s’adapter au plus près des nouveaux usages du numérique en proposant radios thématiques, lives filmés et mis sur YouTube, etc.
| Du tourisme au vivre-ensemble en ruralité, l’histoire de Radio Vassivière suit son cours. Elle a d’abord été créée par le Syndicat du lac de Vassivière en tant que radio estivale qui accompagnait les touristes tout au long de leur séjour. Chaque fin de saison, c’était avec un pincement au cœur que les animateurices rendaient l’antenne. En 1986, la radio des touristes devient celle des habitant·e·s en obtenant sa fréquence définitive. La haute saison radiophonique reste l’été, quand les touristes affluent au sud de la Creuse, mais toute l’année, l’équipe salariée et les bénévoles animent la radio, le territoire et préparent le retour des beaux jours. Cependant, tout n’a pas toujours été de tout repos pour la radio, qui a passé une dizaine d’années en redressement judiciaire avec presque 20 000 € de dette à rembourser chaque année. |
Plutôt que de réduire au maximum toutes ses dépenses et ses activités, la radio s’est considérablement développée. Elle met en place de nouvelles offres de prestation, embauche de nouvellaux salarié·e·s et, plus récemment, ouvre deux nouveaux studios. Comme de nombreuses radios en milieu rural, elle fait face à l’éloignement géographique des habitant·e·s et à l’absence de transports publics. Radio Vassivière décide donc d’être présente physiquement sur les territoires où elle émet pour offrir la possibilité à chacun·e de prendre la parole.
Ouvrir des studios et embaucher de nouvellaux salarié·es peut paraître un peu fou quand on est endettée, mais la stratégie a payé en offrant de nouvelles opportunités financières, partenariales et de prestations. Ces studios permettent d’obtenir plus du FSER, mais aussi l’accès aux subventions de communes et communautés de communes. Les salarié·e·s, plus nombreuxses, sont alors disponibles pour des prestations d’ateliers radio, couverture et organisation d’événements, remplir des dossiers de financement, etc. Aujourd’hui, 3 studios accueillent 8 salarié·e·s à mi-temps et 90 bénévoles. Pour l’équipe, c’est aussi le moment de repenser le fonctionnement associatif avec l’arrivée de cette « décentralisation » et de nouvellaux bénévoles. Il y a une réelle envie de créer un collectif fort malgré la distance, en créant des temps de rencontres réguliers, en remobilisant les bénévoles sur des temps conviviaux et en définissant un fonctionnement horizontal et clair pour toustes. |
|
Radio Vassivière s’est bien rapprochée des habitant·e·s et des modes de vie locaux, mais elle reste proche de ses origines. Elle travaille toujours avec le Syndicat du lac de Vassivière et a développé de nombreux partenariats avec des acteurices du tourisme local. Par exemple, elle prépare des balades sonores en collaboration avec des artistes localaux, le syndicat du lac, le parc naturel régional de Millevaches en Limousin, le centre d’art du lac et une entreprise d’insertion pour l’élaboration des sentiers. C’est une radio très ancrée au sein des institutions locales !
Préparation des balises sonores (balade sonore) - Lac de Vassivière
A écouter : Parce qu’autant podcaster jusqu’à la fin du monde by Radio Vassivière
Radio Pulsar, c’est la radio campus de Poitiers. Elle est d’ailleurs la première de ce réseau que je rencontre sur le campus, symbole du soutien de l’université de Poitiers, qui lui met à disposition des locaux dans la Maison des Étudiant. Néanmoins, il n’en a pas toujours été ainsi. La radio est née dans un lycée privé catholique en 1983, à l’initiative d’un enseignant et d’un groupe d’élèves. Le lycée fermera ses portes en 2016 et la radio, forte de son partenariat avec l’université de Poitiers, y sera accueillie dès 2010.
Emission Le Zoom
En journée de semaine, la radio accueille de nombreuxses étudiant·e·s. Avec les volontaires en service civique, iels réalisent la matinale tous les matins (j’admire ces étudiant.e.s qui se lève tôt…). S’ajoutent des projets tutorés ou des partenariats avec certaines formations, comme la Licence Lettres et Sciences Politiques, dont les étudiant·es animent l’émission d’actualité Le Zoom. Ces émissions d’informations constituent un bon entraînement pour les étudiant·e·s, dont beaucoup s’intéressent à des formations en journalisme. Parmi les salarié·e·s, la radio compte une journaliste professionnelle qui accompagne les étudiant·e·s à la pratique journalistique en radio
La matinale, c’est le point d’entrée pour beaucoup de bénévoles, qui y apprennent à maîtriser la production radio, mais elle constitue aussi une expérience formatrice pour celleux qui veulent rejoindre une formation en journalisme. Sous l’œil de la journaliste, c’est une passation plutôt « formatée », privilégiant des formats courts et « neutres », sans proposer d’analyse très approfondie. Du côté de l’école de journalisme, c’est tout à fait ce qui est demandé.
| Cependant, pour moi, cette pratique perd quelque peu le côté « alternatif » des radios associatives, permettant de donner la parole à des personnes qui ne l’ont pas et qui n’ont pas nécessairement les capitaux culturels pour s’y conformer. Une autre expérience pourrait aussi apporter un regard critique aux futur·e·s étudiant·e·s en journalisme. En dehors de l’aspect « radio école », Radio Pulsar est ouverte à toustes. Le soir et le week-end, les bénévoles prennent un petit coup de vieux, parfois ancien·ne·s étudiant·e·s ou arrivé·e·s par le bouche-à-oreille. Musiques diverses et variées, cinéma, cuisine ou encore sports prennent place à l’antenne. La Maison des Étudiant laisse un accès par une porte à l’arrière du bâtiment pour que les bénévoles puissent avoir accès au studio à toute heure de la nuit et du week-end. Iels sont totalement autonomes, mais attention : interdiction de boire et de fumer dans les locaux de l’université. Pas toujours facile pour les émissions du soir ! |
Graffiti Radio a commencé en 1986 dans une maison de quartier à La Roche-sur-Yon, en Vendée. Pendant l’été, un animateur propose aux jeunes un atelier radio dans le cadre du centre de loisirs. Le projet plaît et la radio commence à émettre même en dehors des vacances, jusqu’à se constituer en association indépendante en 1990 et obtenir sa fréquence définitive. Aujourd’hui, Graffiti n’est plus dans la maison de quartier, mais juste à côté, dans des locaux mis à disposition par la mairie, et compte 3 salarié·e·s et une cinquantaine de bénévoles.
Le soir, les bénévoles, actif·ve·s, viennent après leur journée de travail pour réaliser leur émission. J’ai d’ailleurs eu la chance d’être interviewée dans l’émission Graffiti Sporting Club., qui met en avant les clubs sportifs locaux. En journée, certain·e·s bénévoles passent dire bonjour ou enregistrer des émissions, mais on y retrouve surtout les salarié·e·s quand iels ne sont pas en sortie. Les trois salarié·e·s se partagent différentes missions : programmation musicale, actualités locales, gestion administrative et financière ou encore ateliers d’éducation aux médias et à l’information. D’ailleurs, pour la petite histoire, ces ateliers auprès des jeunes et autres publics avaient presque disparu pendant un moment à Graffiti Radio, jusqu’à ce que la secrétaire évolue pour se spécialiser sur ces ateliers. Aujourd’hui, ils font partie intégrante des activités de la radio, qui retrouve ses racines de média pédagogique. Les ateliers, c’est aussi un moyen de diversifier les financements de cette radio, qui a connu de lourdes difficultés financières. Les financements publics pour les radios et les acteurices de la culture ont changé et diminué depuis les débuts de la radio. |
|
Avec l’arrivée d’un directeur, la radio renouvelle son fonctionnement et dynamise ses activités et ses financements. L’un des premiers leviers identifiés pour améliorer la santé financière de l’association : être indépendante du côté de la radiodiffusion, puisque la location d’antenne revenait à environ 20 000 €/an. Avec l’autre radio locale de la ville, RCF, la décision est prise d’investir dans un pylône. C’est un investissement conséquent et chronophage. La Vendée est un pays plat nécessitant un pylône de 50 m. Il faut trouver un terrain et obtenir les autorisations nécessaires pour pouvoir le construire. Après 200 000 € investis, les deux radios en voient déjà les avantages financiers et en termes d’indépendance matérielle.
Equipe salariée de Graffiti Radio
S’ajoutent la participation à deux Dispositifs Locaux d’Accompagnement (DLA : dispositif d’accompagnement pour les associations en difficulté) seul puis collectif pour définir clairement son projet associatif et réanalyser les opportunités locales. Beaucoup de changements, mais la radio ne perd pas son âme : j’ai rencontré une radio dynamique et conviviale, qui a su fidéliser bénévoles et salarié·e·s.
A écouter : Graffiti Sporting Club et J’ai ouï dire
Prun’, radio étudiante qui ne fait pas partie du Réseau Radios Campus France, Euradio, une radio locale dont la ligne éditoriale se focalise sur l’Europe, et Sun, radio sortie de son grenier aux airs régionalistes. On peut aussi ajouter la FRAP (Fédération des Radios Associatives des Pays de la Loire), qui ne fait pas partie de la CNRA (Confédération Nationale des Radios Associatives). Alors, que se passe-t-il à Nantes, vexée de ne pas faire partie de la région Bretagne ?
| Autre particularité régionale : la Région Pays de la Loire a lâché toustes les acteurices de la culture du jour au lendemain, avec une baisse de 73 % du budget culturel, en plus de couper aussi dans celui de l’égalité femme-homme, de la jeunesse, du sport et de la solidarité. Sous couvert d’économie et de responsabilisation des acteurices associatif·ve·s (qui doivent participer à l’effort pour réduire le déficit du pays…), c’est presque tout le secteur associatif qui est touché, avec un plan d’économie de 100 millions d’euros échelonné entre 2025 et 2028. Cependant, les radios associatives que j’ai rencontrées avaient bien pu déposer leur dossier de subvention pour 2025 et avaient même reçu une notification d’attribution de subvention qui n’indiquait pas le montant ; autrement, tout semblait en ordre. Les radios ont appris les coupes budgétaires par la suite, alors que la région s’est défendue en se contentant de verser un montant dérisoire. Un recours collectif a été déposé auprès du tribunal administratif ; la procédure est toujours en cours. En attendant, la FRAP risque de ne plus pouvoir continuer très longtemps avec ses salarié·e·s. |
J’arrive en 2026, cela fait un an que les coupes ont commencé, les radios continuent de fonctionner mais gardent l’annonce au travers de la gorge. Elles continuent d’être soutenues par la ville de Nantes. D’ailleurs, 3 des radios associatives nantaises sont hébergées par la ville dans le même bâtiment (très pratique pour pouvoir visiter les 3 radios : Sun, Prun’ et Euradio).
L’idée d’une radio qui raconte l’Europe sur nos territoires naît juste après le référendum de 2005 proposant d’instituer une constitution européenne. Le non l’emporte largement. Pour Laurence, cofondatrice d’Euradio, c’est en partie à cause de la méconnaissance de l’impact de l’Union européenne au niveau local. Journaliste ayant travaillé à Jet FM, elle pense à un projet de radio mettant en lumière cette question européenne. Rapidement, Laurent, responsable technique actuel, se joint à elle pour l’appuyer sur l’installation technique. Très vite, Euradio se veut aussi un lieu d’apprentissage et d’expérimentation pour les jeunes de toute l’Europe. En service civique ou en stage, chaque année, la radio accueille une dizaine de jeunes, notamment étudiant·e·s dans le domaine du journalisme ou des affaires européennes. Iels forment une rédaction pour couvrir et questionner l’Europe à Nantes et alentours. La radio se développe et s’installe dans d’autres villes françaises et à Bruxelles avec le développement du DAB+. Elle installe également un second studio à Strasbourg pour se rapprocher du Parlement européen. |
|
Euradio semble plus « institutionnelle » que d’autres radios que j’ai pu croiser. D’une part, pour accéder aux institutions européennes, elle s’inscrit dans une posture d’experte. Les bénévoles à Euradio sont, pour la plupart, des personnes qui connaissent bien les politiques européennes et peuvent les expliquer en proposant d’envoyer des fichiers audios qu’iels ont réalisés depuis les quatre coins de la France. Dans les locaux d’Euradio, peu de va-et-vient de bénévoles, qui produisent beaucoup de contenus à distance et sur le terrain. D’autre part, accueillir des jeunes dans le but de les amener à développer des compétences en tant que possibles futur·e·s journalistes européen·ne·s nécessite de transmettre un certain professionnalisme journalistique et éditorial.
Enregistrement de la newsletter musicale
Ces jeunes apprentis journalistes sont là pour le journalisme, et que pour cela. L’association ne les accompagne pas pour comprendre le fonctionnement associatif, mais bien pour produire de l’information européenne. Iels sont libres de proposer des sujets en conférence de rédaction, mais le format est imposé et la cadence dense. Chaque semaine, c’est presque un sujet par jour à couvrir en petit groupe ou seul·e. Même s’iels peuvent proposer des enquêtes sur un temps plus long, ce sera en plus.
Si c’est bien le but de l’Académie d’amener ces jeunes vers des postes dans toute sorte de médias en leur offrant une expérience et un bon réseau, je ne peux que constater l’absence de l’esprit que portent les bonnes vieilles radios libres, en laissant une grande liberté de format et de sujet. Pour vous donner envie d’écouter Euradio au-delà de la dimension actualités et politiques européennes, la radio a une identité musicale bien à elle ! L’Europe s’invite aussi dans la musique et c’est l’occasion de découvrir de nombreuxses artistes de tous les pays du continent, sélectionné·e·s avec soin par une volontaire et le programmateur musical pour faire découvrir la pluralité musicale européenne. |
L’association qui porte Prun’ naît en 1999. En 1998, des étudiant·e·s d’info-com’ tentent l’expérience radio depuis l’université en émettant sur les ondes d’AlterNantes. Les étudiant·e·s ayant participé au projet ont envie de poursuivre, mais il faudra attendre 2007 avant d’obtenir une fréquence définitive. Dès le début des années 2000, la radio compte déjà 150 bénévoles et optera rapidement pour le salariat en emploi aidé.
Aujourd’hui, ce sont 5 salarié·e·s et 250 bénévoles qui sont présent·e·s à la radio. 250, c’est énorme pour une radio associative, ce qui lui vaut une grille bien remplie, mais aussi beaucoup de logistique et de communication interne. Au micro, place aux bénévoles ; les salarié·e·s s’occupent des fonctions supports : technique, direction, animation d’ateliers, formation et accompagnement des bénévoles, et communication occupent leur journée. Si l’un·e d’elleux souhaite passer à l’antenne, c’est en dehors de leur temps de travail. C’est aussi pour garantir une grande liberté de parole sans se soucier du regard direct des financeureuses. Néanmoins, ce sont des salarié·e·s qui avaient l’air bien fatigué·e·s que j’ai croisé·e·s pendant cette semaine. Peut-être en partie à cause de l’approche du rendu du fameux dossier FSER, mais aussi parce que gérer une radio avec 250 bénévoles, des volontaires, stagiaires, plateaux extérieurs, etc., ajoutons à cela la perte des financements régionaux, c’est fatigant ! Le turn-over y est d’ailleurs assez élevé, avec seulement 3 ans d’ancienneté en moyenne. |
|
Peut-être aussi en partie parce que beaucoup de salarié·e·s sont arrivé·e·s jeunes en connaissant la radio par leurs études ou en y étant passé·e·s en tant que volontaires et partent ensuite vers d’autres expériences.
Côté bénévoles, je n’ai bien sûr pu voir qu’une petite partie de l’équipe, mais déjà un bel échantillon mélangeant étudiant·es, actif·ves et le·a bénévole le·a plus jeune que j’ai rencontré·e, 16 ans. En dehors d’un projet déjà bien défini, les bénévoles entrent par la quotidienne. Chaque jour de la semaine (sauf le mercredi, réservé à l’émission des volontaires en service civique), les groupes de bénévoles s’alternent autour d’actualités locales, de chroniques, d’invité·e·s et de musique. La diversité des formats et la liberté des sujets choisis en font un point d’entrée pour se former tout au long d’une saison radiophonique.
Espace bénévole Prun’
Avec autant de bénévoles, à Prun’, la ligne éditoriale est claire afin de garantir un environnement inclusif et convivial. La radio s’engage dans « la lutte pour la justice sociale et contre les discriminations », avec une attention particulière contre les discriminations anti-LGBTQ+ et sexistes. Cette ligne attire donc de nombreuxses bénévoles déjà politisé·e·s, qui cumulent parfois plusieurs engagements associatifs et ont la capacité de s’approprier les codes de la radio, dont le langage inclusif, très marqué à Prun’. La programmation compte d’ailleurs une émission à laquelle j’ai pu participer, Calipso Club, émission de lives musicaux en non-mixité choisie. À Prun’, il y a de la place pour les femmes et les personnes minorisées.
Je n’ai que peu échangé avec Sun, seulement avec son directeur pendant 1 h. Trois radios, même si elles sont proches, c’est assez épuisant, surtout avec leurs activités denses ! Néanmoins, l’histoire de Sun mérite d’être mentionnée brièvement, puisqu’elle a vu le jour dans une chambre d’ado. Son fondateur et directeur actuel a commencé seul, chez ses parents, en bricolant un émetteur. Elle a peu à peu évolué jusqu’à obtenir une ampleur régionale en émettant dans plusieurs villes de la région. Néanmoins, pendant 1 h, nous avons surtout échangé sur une initiative nantaise : le GRAM (Groupement des radios associatives de la métropole nantaise). L’expertise de Sun, c’est bien la technique ! Depuis son adolescence, le directeur s’intéresse à l’évolution des techniques radio, de l’enregistrement à la diffusion. |
L’idée a donc été de mettre en commun ces moyens techniques coûteux entre les radios associatives de l’agglomération. Serveurs et antennes sont hébergé·e·s par le GRAM, garantissant l’indépendance et la maîtrise des données et de l’émission des radios qui en font partie. C’est aussi une économie considérable pour ces radios, qui ont investi ensemble.