Février, 6e mois de voyage !

Ou comment traverser la France en 28 jours !

Février a été un mois court, mais suffisant pour traverser la France de Brest à Marseille. Si vous vous souvenez bien, je n’avais pas pu voir Radio Galère début janvier. Je redescends donc vers Marseille en m’arrêtant dans quelques radios sur la route. Alors que j’aurais bien sillonné quelques départements, mes étapes s’éloignent les unes des autres. Le temps file et m’oblige à accélérer pour arriver en Alsace d’ici juin. C’est toujours difficile de faire des choix de radios, et encore plus quand le temps est contraint. Peut-être que les radios où je m’arrêterai ne seront pas représentatives du territoire.

Paris – 2 – 9 février

Après Longueur d’Ondes, une semaine parisienne s’impose. Initialement, je ne souhaitais pas passer par Paris pendant ce tour de France. Les radios associatives parisiennes sont aussi les plus connues et celles qui ont le plus de visibilité ; autant mettre les autres en lumière. Cependant, le salon rassemble les deux syndicats des radios associatives et des acteurices historiques de la radio. Je décide donc de m’y rendre, et quitte à passer par Paris, autant rencontrer une radio.

Paris Radio Show et le business radiophonique

Le Paris Radio Show est un salon dédié aux professionnel·le·s de l’audio, avec des conférences, animations, rencontres pros et stands d’entreprises. J’arrive dans un nouvel univers, celui du commerce lié à la radio. Si les deux syndicats des radios associatives sont présents (Syndicat National des Radios Libres et la Confédération Nationale des Radios Associatives), la majorité des participant·e·s sont des acteurices de la radio et de l’audio digital commerciales. Ici, business is business, et ça se voit : costumes-cravate, goodies en tout genre, présentations de nouveaux logiciels, conférences sur l’IA, etc.             

Conférence de La Lettre Pro au Paris Radio Show

                 L’entreprise NETIA (spécialisée dans les logiciels de radiodiffusion) a organisé toute une après-midi destinée à mettre en valeur des femmes de radio dans cet événement à grande majorité masculine. Les cinq invitées viennent de radios commerciales, publiques et de maisons de production de podcasts. Chacune vient témoigner de son parcours et des difficultés qu’elles ont rencontrées. La radio, c’est historiquement un monde d’hommes qui tend à s’ouvrir à l’arrivée de personnes minorisées, mais il reste du chemin à faire ! Critiques sur les voix féminines, leur disponibilité ou encore leur soi-disant incompétence technique. Coup de « social washing » ou réelle considération, cela montre tout de même que les femmes sont de plus en plus présentes dans le milieu.

                 Comme à Longueur d’Ondes (cf. newsletter n°5), une majorité de personnes sont blanches et de catégories intellectuelles, mais disons que je m’y attendais. Le Paris Radio Show ne s’est pas vanté d’une programmation éclectique ni d’être ouvert à tout public. Ici, l’entre-soi est assumé.

Radio libertaire – donner voix à l’anarchisme

Studio Radio Libertaire

Radio Libertaire s’inscrit dans une longue histoire mêlant anarchisme et radio. Elle débute bien avant la libéralisation des ondes. La radio offrait un outil de communication important pour les groupes anarchistes pendant la Guerre d’Espagne, puis en France dans les années 1970, où de nombreuses radios pirates ont été créées par des groupes anarchistes. Radio Libertaire voit le jour quelques mois après l’arrivée de Mitterrand, à l’été 1981. Portée par la Fédération Anarchiste, elle commence à émettre sans autorisation préalable. La libéralisation des ondes donne, certes, une liberté d’expression, mais sert aussi à reprendre le contrôle sur les ondes en obligeant les radios pirates à acquérir une existence légale et une autorisation d’émettre auprès de l’administration.

Après la libéralisation, les saisies de matériel et les brouillages continuent. Le gouvernement socialiste renforce sa répression en 1983, et d’autant plus envers les radios dissonantes, telles que les sympathisantes communistes, alors que la guerre froide n’est pas encore terminée. Cette année-là, des CRS forcent la porte de la radio pour saisir le matériel, user de violence contre les animateurices et couper les câbles des antennes. Radio Libertaire était alors en direct au téléphone avec une autre radio toulousaine. Les auditeurices de Toulouse entendent toute la saisie et la violence policière en direct. Rapidement, les auditeurices organisent une manifestation de soutien à Radio Libertaire, qui finira par obtenir son autorisation d’émettre.

Aujourd’hui, Radio Libertaire reste « sans Dieu, sans maître et sans publicité » (slogan de la radio), mais elle demeure aussi un organe de la Fédération Anarchiste. Cette particularité lui octroie un fonctionnement bien à elle, puisque la Fédération en a la gouvernance. Au quotidien, ce sont quatre personnes adhérentes de la fédération, mandatées par le congrès, qui assurent son bon fonctionnement. Chacun·e a ses responsabilités : maintenance et formation technique, administratif, trésorerie et l’entrée de nouvelles émissions sur la grille. Iels rendent compte de leur activité une fois par mois au congrès. Pour les autres décisions, elles sont discutées et votées au congrès de la Fédération.

Librairie Publico

S’il faut impérativement être membre de la Fédération pour participer aux prises de décision, tout le monde peut proposer des émissions. Ce sont quelque deux cents bénévoles qui produisent des émissions régulières. Seules conditions : respecter les orientations de la radio, notamment la non-discrimination et pas de propagande politique. La Fédération Anarchiste valorise le municipalisme et la participation directe, et refuse de promouvoir un système basé sur la démocratie repr

ésentative, qui favorise les plus privilégié·e·s. Pour entrer à la radio, ça se passe à la librairie de la fédération anarchiste, la Librairie Publico. C’est une question de sécurité pour les locaux et les animateurices, qui peuvent être ciblé·e·s par des attaques d’extrême droite. L’adresse des studios n’est donc pas publique.

Radio Coquelicot, retour en ruralité – 09 - 11 février

Entrée Radio Coquelicot

Le grand froid de l’hiver est passé, c’est le retour sur vélo sur les routes de campagne. Je rejoins Radio Coquelicot à Ébreuil, dans l’Allier. Le projet est né sous l’impulsion d’un adjoint au maire de Saint-Bonnet-de-Rochefort, Michel Verrier. La radio part du constat que la communauté de communes Saint-Pourçain Sioule Limagne compte soixante communes, relativement éloignées les unes des autres, où l’information a du mal à circuler. Il est plus facile de savoir ce qui se passe à Clermont-Ferrand que dans la commune voisine. C’est donc pour valoriser la vie locale, faire connaître le territoire et créer du lien entre les communes isolées et leurs habitant·e·s que le projet radio voit le jour. Nombre de personnes âgées seules utilisent la radio pour avoir une voix, une présence. La radio répond donc à de nombreux besoins sociaux du territoire.

Obtenir sa première fréquence ne fut pas une mince affaire. Parmi les fondateurices, personne ne venait du milieu de la radio. Les démarches administratives pour obtenir une autorisation sont complexes et chronophages. Il a fallu attendre presque dix ans après la création de l’association pour l’obtenir. Jean Clusel, sénateur de l’Allier jusqu’en 1998, soutient le projet et met l’équipe en contact direct avec le CSA (Arcom aujourd’hui). En 2005, la fréquence est active et la radio s’installe dans le centre social d’Ébreuil, puis embauchera rapidement un premier salarié et en compte deux aujourd’hui.

Une journaliste propose de l’information indépendante « ultra-locale » avec La Coquelicotidienne. Elle est d’ailleurs rarement au bureau, se déplaçant d’un bout à l’autre du territoire sans compter ses heures pour aller récolter informations, interviews, couverture d’événements locaux et animer des ateliers d’éducation aux médias et à l’information. Très engagée sur le plan de la communication sociale de proximité, elle ne souhaite pas donner de couleur politique ou d’orientation spécifique à son travail. Pour elle, il s’agit d’une radio généraliste devant donner la parole à toustes et à tous les partis politiques en cette période électorale.

Vincent (technicien) et un bénévole de Radio Coquelicot

Juliette, journaliste Radio Coquelicot

Du côté bénévole, le technicien accompagne une cinquantaine de personnes sur leur émission. Arrivé il y a vingt ans, il a largement contribué à améliorer la qualité de la radio et à définir son identité sonore. Ici, pas d’enregistrement à minuit : les bénévoles passent enregistrer sur les horaires d’ouverture, permettant au technicien d’assurer une cohérence sonore et en matière de grille des programmes. C’est aussi un moyen de rassurer des bénévoles effrayé·e·s par le direct. La plupart des émissions sont enregistrées en amont de leur diffusion. Le différé permet aux bénévoles de pouvoir se reprendre, hésiter ou recommencer.

Le fonctionnement mis en place par le technicien peut exclure certaines personnes actives, et en même temps attire certain·e·s bénévoles malgré la distance. Iels ne se sentaient pas à l’aise dans d’autres radios qui demandent d’être autonome sur son émission. Si ce fonctionnement développe moins l’autonomie et la maîtrise de son émission, il a le bénéfice de permettre à des personnes d’accéder à la parole publique, sans quoi elles ne se seraient pas lancées. Il s’agit peut-être d’une des raisons qui explique la richesse de sa grille par rapport à d’autres radios en milieu rural que j’ai rencontrées.

Clermont Ferrand 12 – 20 février

Radio Campus Clermont-Ferrand – un tier lieu radiophonique

C’est la première fois que je retourne à Clermont-Ferrand depuis la fin de ma licence. Je redécouvre la ville et ses radios associatives pour la première fois, en commençant par Radio Campus Clermont-Ferrand. Elle a été créée en 1995 sous l’impulsion de Benoît Bouscarel, aujourd’hui directeur de L’Onde Porteuse (une autre radio de la ville). Fan de radio depuis son plus jeune âge, il met une annonce dans un journal local pour trouver d’autres personnes intéressées par le développement d’une radio locale. Fondée par des jeunes, elle rejoint tout de suite le réseau Radio Campus France. En 1996, la radio obtient son autorisation d’émettre.

Espace commun Radio Campus Clermont-Ferrand

Aujourd’hui, l’équipe a bien changé et la radio aussi. Avec trois salarié·e·s, deux volontaires en service civique et une centaine de bénévoles, la radio rassemble étudiant·e·s, jeunes et moins jeunes, avec un joli brassage générationnel et culturel qui ressort dans la programmation. Au fond d’une impasse du centre-ville, Radio Campus Clermont se trouve dans des locaux collectifs, partagés avec plusieurs associations. Une grande salle commune permet d’accueillir concerts et public. Dans l’entrée, c’est aussi un espace commun avec un ordinateur à disposition, tables et canapés. Les bénévoles ont accès au bâtiment en autonomie avec un digicode. J’ai rarement rencontré une radio où les bénévoles se sont autant approprié l’espace et son usage. De passage pour dire bonjour et partager un petit moment convivial, utiliser un ordinateur, internet ou passer manger pour ne pas être seul·e, ses membres se sentent libres d’aller et venir pour trouver un endroit calme ou du lien social.

En revanche, peut-être à cause de l’éloignement avec les campus, la majorité des membres de l’association ne sont pas étudiant·e·s. La plupart sont arrivé·e·s par le bouche-à-oreille ou par d’autres engagements associatifs. Néanmoins, l’équipe s’attache à faire des ponts avec l’Université d’Auvergne à travers son émission Campus à l’oreille, réalisée par les deux volontaires qui choisissent des sujets d’actualité et politique en lien avec la recherche.

Emission Atoutazar

Et Radio Campus Clermont est toujours en mouvement. Avec la montée des idées d’extrême droite et l’arrivée d’un nouveau conseil d’administration, la radio réaffirme son identité, ses engagements et son orientation politique. Elle se définit comme une radio de gauche, luttant contre toutes les discriminations, et applique une politique de « cordon sanitaire » à l’approche des élections municipales, refusant de donner la parole à l’extrême droite. Après avoir participé aux débats pour les élections universitaires, avec la présence de la Cocarde (syndicat étudiant d’extrême droite), les membres de l’association se sont réunis pour définir une ligne politique claire. Les valeurs ont toujours été là, c’est le moment de les écrire noir sur blanc. Ce travail de débat et d’écriture amène également la radio à évoluer sur son inclusivité et à travailler davantage sur les minorités de genre.

La période politique et économique que traversent les radios actuellement les pousse à redéfinir ou au moins à réfléchir sur leurs engagements. Ce n’est pas la première radio que je rencontre qui affirme son positionnement maintenant. Face à la concentration médiatique (favorisant la droite et l’extrême droite), les élections municipales, législatives il n’y a pas si longtemps, ou encore la menace qui planait sur leur principal financement, beaucoup de radios s’affirment et s’unissent pour résister face au contexte politique inquiétant.

Emission Live in room

L’onde Porteuse – s’insérer par la radio

Créée par deux ami·e·s qui souhaitaient retourner à Clermont-Ferrand après une carrière à Radio France et Jet FM, L’Onde Porteuse n’est pas une radio associative comme les autres. La radio porte un chantier d’insertion radiophonique. L’idée vient d’un questionnement : qu’apporte la radio à celleux qui en font ? Les réponses sont multiples : développement de compétences, de posture professionnelle, de confiance en soi ou encore maîtrise d’outils informatiques. Tout cela en fait un bon instrument d’insertion vers une diversité de métiers.

Studio L’Onde Porteuse

Emission Terrain social

L’association naît en 2015 et accueille les premier·ère·s salarié·e·s en insertion en 2017. Lors de mon passage, une dizaine de personnes en insertion produisaient des reportages, interviews et enquêtes radiophoniques. Une encadrante technique d’insertion, journaliste de formation, accompagne le groupe au niveau journalistique et radiophonique. Une conseillère en insertion professionnelle s’occupe de la partie « projet d’avenir » après cette expérience de deux ans maximum. Les autres salarié·e·s permanent·e·s prennent en charge une partie journalistique, mais surtout administrative et financière.

Espace coworking L’Onde Porteuses

Les salarié·e·s en insertion avaient des profils très diversifiés. Certaines avaient eu des carrières professionnelles bien remplies et rencontraient des difficultés à retrouver du travail avec l’âge ; d’autres, plus jeunes, cherchaient encore leur voie ou arrivaient après un parcours migratoire et des diplômes non reconnus par l’État. Certaines se sont découvert une passion pour ce milieu jusqu’à vouloir intégrer une école de journalisme, alors que d’autres voyaient cette expérience comme un tremplin vers d’autres professions.

En tout cas, chacun·e m’a témoigné des bienfaits de cette expérience. Une chose est revenue à chaque discussion : la confiance en soi. Alors que les liens sociaux se nouent bien souvent à travers le travail, qui permet aussi d’avoir les moyens financiers pour s’accorder des loisirs et des sorties, en sortir engendre isolement et sentiment « d’inutilité ». L’insertion, c’est d’abord quitter l’isolement qui s’installe après une rupture avec la vie professionnelle, en retrouvant un rythme régulier qui permet de renouer avec le collectif et de créer des liens.

Au début, en arrivant devant la régie pleine de boutons et de machines inconnues, pareil pour parler dans un micro, réussir à faire de la radio semblait inatteignable. Petit à petit, on apprend, on prend de l’aisance à l’oral, on maîtrise de plus en plus les différents aspects techniques, on est reconnu pour les sujets qu’on propose en conférence de rédaction, on apprend à chercher, à trouver des sources fiables, à créer des contenus informatifs, etc. Au bout du compte, c’est plus sûr de soi qu’on en ressort, mais c’est aussi en apprenant à se présenter, à parler de soi et à parler en public. Plus que des compétences techniques, les interviews que j’ai pu mener mettent en avant les savoir-être.

À mon sens, il reste un angle mort à ce chantier d’insertion. La dimension associative du projet n’est que peu abordée avec les salarié·e·s en insertion. Hormis quelques conversations sur le fonctionnement de la radio et ses financements, iels ne sont pas impliqué·e·s ni dans la gestion associative ni dans sa gouvernance. Peut-être que cette dimension n’intéresse pas tout le monde, mais pour certain·e·s, cela pourrait être un vrai plus en matière d’empowerment. Participer à la vie associative permet aussi de sensibiliser à la pratique de la démocratie, ce qui est, pour moi, un élément intéressant pour un chantier d’insertion. Les financements, fléchés sur la formation aux métiers de la radio, ne valorisent pas cette dimension.

Radio Galère, l’historique radio marseillaise - 23 février - 1e mars

Emission Que Viva La Musica, Photo Lawrence Damalric

De retour au soleil de Marseille ! Il s’agit très probablement de la pire ville à traverser à vélo, mais je n’y retrouve pas n’importe quelle radio. Radio Galère, bien connue du milieu, ce n’est ni pour le bateau ni pour quelque chose de compliqué, mais signifie bien « Groupement Associatif pour la Liberté d’Expression Radiophonique ». Elle est née du regroupement de trois radios après la libéralisation des ondes. En 1979, naît Radio Béton, qui émettait alors illégalement. En 1981, la libéralisation des ondes provoque un véritable boom des radios, qui mène à la saturation de la bande FM, surtout dans les grandes villes. Radio Béton, qui sent les changements arriver, prend le nom de Radio Provisoire, puisque « Tout n’est-il pas provisoire en ce bas monde ? » (Soncin et Bénétière, 1989). L’équipe d’alors avait vu juste, puisque la commission en charge de l’attribution des fréquences FM, tentant de limiter la saturation, demandait aux radios de se rassembler sur une fréquence. Ainsi, en 1984, Radio Galère regroupe Radio Provisoire, Radio 13 (proche du Parti socialiste) et Radio Soleil Provence (hard rock).

Aujourd’hui, l’acronyme est un peu oublié : Radio Galère s’est fait un nom en conservant les engagements politiques portés par les radios. Elle s’affiche libre et indépendante, ouvertement antifasciste, et est un lieu de lutte contre toutes les discriminations. L’indépendance à Radio Galère va jusqu’aux questions techniques et numériques. Très tôt, elle dispose de son propre pylône pour installer son antenne dans les hauteurs de Marseille. En 2014, alors que la France lance des tests DAB+ dans trois métropoles, dont Marseille, Radio Galère se lance tout de suite, ce qui lui permet d’héberger d’autres radios. C’est une économie, mais aussi une entrée d’argent par la location d’antenne, qui finance le poste de technicien.

Emission La Turbine

La technique, c’est certainement la grande force de cette radio associative, qui accueille d’ailleurs l’auteur de Radio It Yourself. Ce livre explique toute la technique radiophonique, de la prise de son à la diffusion. D’ailleurs, l’ouvrage a une drôle d’histoire. Alors qu’il se forme au fil de ses expériences en radios associatives et de ses rencontres, l’auteur remarque que toutes les personnes qui transmettent le savoir technique autour de lui sont des hommes blancs, cis et hétéros. Pour lever les freins à l’accès de ce savoir, notamment pour des personnes minorisées, il écrit pour transmettre ce savoir de A à Z et choisit de s’anonymiser et d’y donner un accès gratuit pour le rendre accessible à toustes. Si cela vous intéresse, le livre est accessible en version numérique gratuitement ici http://www.radioityourself.fr/

Comme de nombreuses radios historiques, Radio Galère a bien changé depuis sa création. Dernièrement, la gouvernance de l’association a été revue pour aller vers plus d’horizontalité, en instaurant une co-présidence et en travaillant sur la prise de décision collective et démocratique. Jusqu’alors, le conseil d’administration était présidé par une personne qui avait tendance à prendre la plupart des décisions. Comme ailleurs, le monde associatif n’est pas exempt de rapports de pouvoir. Avec l’arrivée d’une nouvelle génération, de nombreuses radios que je rencontre tendent vers plus d’horizontalité, permettant à chacun·e de trouver sa place.

Emission Que Viva La musica, photo Lawrence Damalric

À Radio Galère, la répartition du travail salarié et bénévole est claire : les salarié·e·s occupent des fonctions supports, allant de la recherche de financement à l’animation d’ateliers radio, en passant par la maintenance technique et la programmation. Tout doit fonctionner pour que les bénévoles puissent prendre l’antenne. La liberté d’expression, dans le respect des valeurs de la radio, est reine. Les bénévoles sont accompagné·e·s pour être très vite autonomes sur la production de leurs contenus. Les salarié·e·s ne repassent pas derrière, parfois la qualité/l’uniformisation sonore en pâtit, mais cela garantit une grande liberté. C’est le parti pris à Galère.

Si, côté salarié·e·s, l’engagement politique est revendiqué et aligné sur celui de la radio, du côté des bénévoles et donc à l’antenne, celui-ci est peut-être moins uniforme que dans d’autres radios. À quelques reprises, j’ai observé un décalage entre le discours porté par la radio et les émissions de certain·e·s bénévoles. Par exemple, en passant des musiques « mainstream » ou en abordant des sujets sensibles sans cadrage ou nuance de la part de l’animateurice.

Devanture Radio Galère

J’ai rencontré d’autres radios avec un positionnement moins marqué, mais dont les bénévoles s’investissaient pour produire un contenu alternatif et critique. C’est peut-être aussi représentatif de Marseille, une ville aux multiples cultures et difficultés socio-économiques. Quand on subit pauvreté, racisme, déracinement, etc., comment trouver l’espace mental de réfléchir à l’intersectionnalité des luttes ou à d’autres concepts complexes ? Ce mélange de cultures et de classes sociales se retrouve à Radio Galère plus qu’ailleurs. Je pense, d’une part, parce qu’elle est à Marseille, mais peut-être aussi à cause de ce côté « ne pas toujours devoir faire de l’alternatif ». Ce passage m’a tout de même posé question sur le rôle des radios en termes d’éducation populaire politique. Est-ce le rôle des radios associatives que d’éduquer/sensibiliser les bénévoles qui prennent l’antenne sur toutes ces questions de luttes ?

Parce Qu'autant Podcaster - Un tour de France des radios associatives

Par Lisa Giannarelli

Je m’appelle Lisa Giannarelli et je suis arrivée dans le monde des radios associatives par hasard, au fil de mon parcours. Après un master en ingénierie de projet de l’économie sociale et solidaire, j’ai trouvé un emploi de coordinatrice dans une webradio associative à Mulhouse, Radio WNE. J’ai pu apprendre à concevoir des contenus d’information sonores, passionnée par ce travail, j’ai décidé de me lancer en indépendante et de me spécialisé dans le documentaire sonore.