Jamais 2 sans 3 et voilà la troisième newsletter du tour de France des radios associatives
Jamais deux sans trois… Nous voici à la troisième newsletter du voyage et toujours sur la route des radios associatives ! Je rencontre une dernière radio en Auvergne-Rhône-Alpes avant de partir pour l’Occitanie. Pas très logique comme étape après Lyon, me direz-vous…. Effectivement, je poursuis ce tour de France pas très linéaire en passant de Lyon à Castres pour participer au premier rendez-vous de podcasteureuses du voyage : Podcastres. Et ça tombe bien, puisque l’événement se déroule dans les mêmes locaux qu’une radio locale, Radiom.
Revenons d’abord à Lyon, où j’ai rencontré une radio emblématique de l’histoire radiophonique : Radio Canut. Depuis 1978, soit trois ans avant la libéralisation des ondes, elle se veut libertaire et 100 % indépendante. Les militant·e·s émettaient alors illégalement depuis les toits de Lyon.
Devanture Radio Canut, Lyon 1e
Radio Canut a gardé la mentalité « radios libres » de ses débuts : pas de salarié·e, pas de financements publics en dehors du FSER (Fonds de Soutien à l’Expression Radiophonique) et des cotisations des membres. Pas d’adhésion sans production d’émission. C’est garantir que toute personne s’impliquant dans la gestion associative ait un pied dans la vie quotidienne de la radio. Pour obtenir une heure de studio en direct par semaine, chaque émission s’acquitte d’une cotisation de 20 €/mois (pouvant être partagée par plusieurs personnes). L’association ne sait donc pas exactement combien de producteurices d’émission sont présent·e·s. Il y aurait une centaine de producteurices chaque année. Tant que l’émission respecte la ligne directrice de la radio et la loi, celle-ci a une liberté totale sur son contenu.
| Nous trouvons parmi les bénévoles beaucoup de personnes politisées et militant·e·s dans les luttes féministe, altermondialiste, antifasciste, etc. Venant du courant anarchiste libertaire, l’autogestion est au cœur de la gouvernance. Les producteurices sont invité·e·s à s’impliquer dans les différentes commissions thématiques pour gérer l’association et les diffusions. Les rôles aux commissions et au bureau sont limités dans le temps. Cette organisation a été pensée au fil du temps et continue d’évoluer pour éviter toute prise de pouvoir. Néanmoins, ce mode de gestion implique d’avoir du temps, un temps que tout le monde n’a pas, et en particulier les femmes, qui ont la charge de la majorité du travail domestique. Une majorité d’hommes produisent et gèrent la radio. Beaucoup sont au chômage, au RSA, ou encore des enseignant·e·s venant les mercredis. |
D’ailleurs, tout le monde ne s’engage pas dans la gestion associative. Certain·e·s viennent seulement enregistrer leur émission et repartent. À Radio Canut, priorité au direct : si les personnes ne viennent pas, pas d’émission pour la semaine. La programmation est donc relativement fluctuante en fonction des disponibilités.
Si l’association ne semble pas connaître la crise du bénévolat évoquée dans nombre d’associations, les nouvelles recrues ne se bousculent pas pour autant. Beaucoup d’émissions sont en place depuis de nombreuses années. Pouvoir s’appuyer sur autant de bénévoles, c’est aussi le privilège d’une grande ville. Lyon brasse un nombre important de personnes partageant les valeurs et la culture de la radio. J’ai pu assister à des émissions très variées, allant de l’émission musicale freestyle à une proposition poético-musicale, en passant par l’agenda culturel local. Seule émission fixe du lundi au vendredi : les Canut Infos. Pour répondre aux exigences du FSER, cinq équipes proposent une heure de décryptage et de commentaire sur l’actualité locale, nationale et internationale.
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J’ai été impressionnée par la créativité et les capacités artistiques des producteurices d’émission à Canut. L’avantage de ne faire appel qu’à des bénévoles, c’est bien cette liberté de création sonore que je n’ai rencontrée nulle part ailleurs. Si je dois nuancer un fonctionnement sans salariat, c’est peut-être le manque d’accès à la radio pour des personnes qui se sentiraient moins légitimes à prendre la parole au micro. Les salarié·e·s des radios sont aussi là pour aller vers l’extérieur, faire expérimenter et former des personnes plus éloignées de la parole publique. Ici, on arrive le plus souvent par interconnaissance avec celleux qui font déjà de la radio.
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Finalement, à Radio Canut, c’est aussi expérimenter la vie collective avec ses hauts et ses bas. Les membres les plus ancien·ne·s perçoivent malgré tout une baisse de l’engagement, avec peu de personnes qui s’impliquent réellement dans la gestion quotidienne et financière. Malgré tout, la radio continue à vivre, à débattre et à produire environ 45 émissions par semaine. Les contenus et les orientations de toustes ne font pas consensus entre les producteurices plus ou moins engagé·e·s politiquement, mais c’est aussi la richesse de cette radio.
Après cette expérience lyonnaise, pour le moins originale, me voilà partie en direction de Castres, en région Occitanie. Se rendre de Lyon à Castres en TER, c’est long… Les trajets est-ouest sont mal desservis… Dès qu’on essaie d’éviter Paris dans ce pays décentralisé, tout devient compliqué. Le plus direct : passer par l’Auvergne en TER, mais il est presque impossible de le faire en une seule journée sans partir aux aurores.
Ayant un dernier entretien à Radio Canut dans la matinée, je réfléchis : dormir quelque part à mi-chemin ? Payer plus cher et passer par Montpellier ? Un peu fatiguée, je décide de payer le prix et de prendre un Intercités sur lequel ma carte de réduction ne fonctionne pas. Quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’aucune carte de réduction n’est proposée en Occitanie. Je vais donc devoir payer le prix fort tout au long de mon parcours occitan. Bref, me voilà en Intercités (où la réservation vélo est aussi payante), direction Toulouse pour passer la nuit dans une auberge de jeunesse (deuxième nuit payante de mon voyage). Je repars le lendemain à 7 h du matin pour Castres. Petite nuit, je vous l’accorde…
Me voilà samedi matin, et jusqu’au dimanche soir, à Podcastres pour rencontrer d’autres podcasteureuses. C’est la première fois que je découvre un événement spécial podcast. Beaucoup d’amateurices viennent présenter leur travail, avec des contenus plutôt orientés vers le divertissement (jeux, enquête, théâtre, culture générale, etc.). J’ai été un peu surprise par cet univers : je m’attendais à des producteurices plus engagé·e·s politiquement, profitant de la liberté du format podcast pour créer des contenus plus politiques. Comme quoi, on s’enferme souvent dans sa bulle en tant que fervente auditrice de documentaire sonore. J’étais tout de même interloquée par les liens peu fréquents entre le monde des podcasts et celui des radios associatives. C’est un nouveau monde à découvrir pour moi.
Scène Podcastres, restaurant La table des ateliers
Radiom, la radio active, fait partie du grand réseau de Radio Campus France, qui rassemble les radios à l’interstice entre l’université et la cité. Elle a été créée par des étudiant·e·s en audiovisuel à Castres (et oui, il y a des étudiant·e·s à Castres) en 2007. La radio n’a jamais eu de locaux sur le campus : elle a navigué d’un local à l’autre en fonction des opportunités, notamment avec la MJC (Maison des Jeunes et de la Culture), avant de s’installer dans le bâtiment actuel, qui regroupe un espace de coworking, un restaurant et une ressourcerie.
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Radiom rencontre des difficultés à se remettre des années Covid. Le dernier déménagement du studio, bien qu’il ne soit que de quelques mètres, met du temps. Les forces vives de la radio, peu nombreuses, ont du mal à dégager du temps à côté de leur activité professionnelle. Elles ont également peu de temps pour faire la promotion de la radio auprès des étudiant·e·s revenu·e·s sur site. Aujourd’hui, il ne reste que quelques bénévoles actifs, dont les membres fondateurs, qui continuent d’alimenter la radio en musique, rediffusions et quelques émissions bénévoles le soir.
Ce n’est pas la fin de la radio pour autant. Les membres actifs sont en bonne voie pour relancer les activités d’ici peu, avec l’aménagement qui est presque terminé. Appartenir au réseau Radio Campus offre un soutien supplémentaire. Il permet, d’une part, des rencontres et des échanges de pratiques réguliers avec les membres du réseau et, d’autre part, il ouvre la possibilité d’obtenir des financements des universités, qui, selon les membres de Radiom, offrent plus d’indépendance dans les contenus que certaines collectivités locales.
Castres
| Une radio toulousaine créée en 1982 pour proposer une sélection musicale punk et rock qui manquait sur le territoire. Leur local était alors dans le même bâtiment qu’une salle de concert, Le Bikini, jusqu’à l’explosion de l’usine AZF en 2001, qui a détruit tout ce qui se trouvait à proximité. La radio a été contrainte de déménager, se séparant de la salle de concert. Aujourd’hui, elle a retrouvé un local proche de la gare de Toulouse. FMR s’est fait connaître pour l’organisation de concerts, jusqu’à en proposer deux par semaine. Beaucoup d’artistes localaux y sont passé·e·s à leurs débuts, avant une carrière nationale, voire internationale. Pendant un certain temps, l’organisation de soirées et de concerts remplissait une bonne partie des activités de la radio. Si les soirées continuent, elles sont beaucoup moins fréquentes et ne font plus partie des activités quotidiennes, avec un nouveau local plus petit et moins de forces vives. |
Aujourd’hui, la radio diffuse sur les ondes avec ses 90 adhérent·e·s et deux salarié·e·s (un technicien à mi-temps et un coordinateur à 10 h/semaine). Du côté salarial, FMR se concentre sur les fonctions supports ; les émissions sont produites par les bénévoles. C’est une façon de conserver un esprit « radio libre ». Cet état d’esprit rejoint celui de l’idéologie punk aux racines du projet associatif, proche du mouvement anarchiste : la radio défend une position antiautoritaire, anticapitaliste et promeut l’égalité et la liberté individuelle.
Pour garder son indépendance, la radio ne se finance que par le FSER et les événements qu’elle organise. Si cela permet de faire perdurer sa ligne éditoriale, les finances sont fragiles et ne suffisent pas à pérenniser les emplois aidés qui s’enchaînent. De plus, la radio déplore un faible renouvellement des producteurices d’émission. FMR se questionne sur l’accès à la radio pour de nouvelles personnes, et notamment des femmes, qui ne sont que 14 sur les 90 adhérent·e·s. Constat que l’on retrouve chez les auditeurices, quasi exclusivement masculins.
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Une particularité de FMR : elle partage son antenne avec une autre radio associative, Booster FM, spécialisée dans les musiques urbaines. Au départ, c’était une demande du CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) pour réduire le nombre de fréquences. Pas facile de se partager l’antenne entre deux radios bien différentes. Avec le temps, les équipes se sont renouvelées en apprenant à travailler ensemble. Entre-temps, Booster a connu une période difficile ; FMR avait pris le flambeau pour éviter sa disparition. Une intervention du CSA, pointant le possible double financement d’une seule organisation, a accéléré le retour en force de Booster FM. Les deux radios partagent aujourd’hui antenne et locaux, et beaucoup de ponts se font : partage de compétences, de matériels, et d’ancien·ne·s membres de FMR sont au conseil d’administration de Booster.
Salle commune à FMR et Booster FM
Les radios s’entraident et chacune a réussi à trouver sa place et à affirmer son identité. À FMR, la programmation s’est diversifiée. Elle est toujours très orientée punk et rock, mais la musique et les artistes invité·e·s proposent des styles musicaux variés. Nous trouvons également des émissions culturelles et politiques. Si FMR a encore des progrès à faire en termes de diversité, elle permet à des ami·e·s de se rassembler et de passer des moments conviviaux autour d’un micro.
Informée de ma venue en Haute-Garonne par le Collectif des Radios Libres en Occitanie (CRLO), le président de la radio Axe Sud est tout de suite venu vers moi. Me voici sur mon vélo pour passer une petite journée à Muret. Comme cette étape n’était pas prévue dans mon parcours, impossible d’y passer plus de temps. Après ses heures de gloire, la radio a bien ralenti le rythme, notamment après la fin des contrats aidés.
| Elle ne fonctionne aujourd’hui plus qu’avec une vingtaine de bénévoles, majoritairement retraité·e·s, et un autoentrepreneur. Selon le président, les cotisations sociales en France sont trop importantes ; le bureau se refuse à payer le double du salaire net pour avoir un·e salarié·e. La prestation de service a donc été privilégiée pour assurer la présence d’un professionnel. |
En plus de l’autoentrepreneur, deux anciennes personnes de Sud Radio viennent animer des émissions bénévolement. Bien que la radio n’affiche pas de couleur politique, sa programmation est bien plus « mainstream » et orientée vers des thématiques et styles musicaux correspondant à l’âge des bénévoles, soit majoritairement retraité·e·s et masculins. J’ai ainsi pu rencontrer un animateur d’une émission paranormale et un ancien journaliste de Sud Radio, qui ont interviewé Jean Renard, producteur de musique bien connu pour avoir travaillé avec Johnny Hallyday.
Née en 1976 sous le nom de Barbe Rouge, la radio a commencé à émettre illégalement, cachée au fond d’un local associatif à Toulouse. Malgré des confiscations de matériel, aucun·e animateurice n’a été inquiété·e par la justice. La radio était alors portée par des militant·e·s revendiquant l’ouverture des ondes et soutenant les mouvements sociaux locaux. Toutes les associations et collectifs citoyens de gauche pouvaient venir prendre le micro pour diffuser leurs messages : féminisme, prolétariat, refus de la construction de voies rapides le long de la Garonne, etc. Nombre de combats sont passés par Barbe Rouge.
Régie Canal Sud
À la libéralisation des ondes, Barbe Rouge se formalise en association sous le nom de Canal Sud. Canal, acronyme dont plus personne ne se souvient. Elle obtient très tôt un local à bas prix loué par un anarchiste espagnol. Ce local est aujourd’hui loué par la fille du réfugié. C’était l’époque d’une grande effervescence autour des radios libres qui avaient enfin un accès légal à la bande FM. De nombreuses personnes s’engagent à Canal Sud. La radio décide de recruter des objecteurs de conscience cherchant à éviter le service militaire. C’était aussi une façon d’avoir des permanent·e·s à bas coût pour développer les activités quotidiennes, dont un magazine de 2h du lundi au vendredi, toujours existant aujourd’hui.
Actuellement, la radio s’appuie surtout sur le bénévolat pour fonctionner, les moyens financiers ne permettant pas d’avoir plus d’un·e salarié·e. Et le salariat à Canal Sud est un peu particulier : 2 salarié·e·s s’alternent sur l’année. L’un en hiver-printemps (le plus ancien) et l’autre en été-automne. C’est un arrangement trouvé avec le premier salarié qui poursuit d’autres activités. Quant à moi, j’ai pu rencontrer Céline juste avant la fin de son contrat CDD de remplacement pour quelques mois. Elle espère que ce contrat sera renouvelé l’an prochain, sans pouvoir en avoir la certitude. Ancienne journaliste dans la presse régionale, elle se consacre aujourd’hui à plusieurs projets de création sonore et a pu retrouver une forte indépendance à la radio après des expériences décevantes. L’organisation est donc précarisante, mais a le mérite d’offrir une grande liberté aux salarié·e·s.
Retrouvez le travail de Céline sur :
Depuis toutes ces années, l’engagement est en baisse à Canal Sud. Néanmoins, la radio a su garder son engagement politique en soutien aux luttes sociales et en donnant la parole au plus grand nombre. La grille reste bien remplie avec de nombreuses émissions bénévoles, allant de la musique aux luttes anticarcérales en passant par le féminisme. Les thématiques évoluent au fil du temps en fonction de l’actualité et des personnes qui poussent la porte. Comme le dit une bénévole : « La radio n’est que le reflet de la société. » Et pour visibiliser la diversité toulousaine, le weekend, place aux émissions communautaires : Cambodge, Portugal, Outres Mer, etc. Des personnes issues de ces communautés viennent animer quelques heures d’émission mêlant musique et actualité d’autres régions du monde. |
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Malgré son engagement politique et son slogan « libre ou mourir », le fonctionnement de l’association ne permet pas de prise de décisions réellement horizontale. Avec un conseil d’administration manquant de renouvellement, ce sont souvent les mêmes qui ont le dernier mot. Si les producteur·ice·s d’émissions sont libres de leurs contenus tant qu’iels respectent la ligne éditoriale, il est difficile de prendre réellement part aux prises de décisions sur le projet associatif. C’est peut-être aussi ce point qui décourage de nouvelles personnes de s’impliquer à la radio.
Exposition dans les locaux de Canal Sud
Encore une vieille radio toulousaine ! Radio Mon Païs a commencé à émettre illégalement dès 1980. Elle fait partie des « radios de lutte de la CGT » (Pivotsky, 2022), dont les premières ont vu le jour dès 1977. Après de nombreuses discussions, l’organisation syndicale décide, elle aussi, d’encourager la création de radios pirates. À l’époque du monopole d’État, c’était une manière pour la CGT de contester l’information contrôlée par les pouvoirs publics et le patronat, ainsi que de donner la voix aux travailleureuses. La CGT développe des « valises studio » pour fournir aux différentes antennes locales la possibilité de s’équiper facilement.
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À Toulouse et partout en France, nous sommes dans un contexte particulier. La réponse politique au deuxième choc pétrolier entraîne des politiques d’austérité, l’augmentation du chômage et la liquidation d’entreprises. À Toulouse, c’est tout le secteur de l’aéronautique qui est lourdement impacté. La CGT de Haute-Garonne souhaite s’emparer de ce nouvel outil de communication. C’est à Limoges que l’équipe part chercher sa valise de matériel radiophonique en 1980.
Cachée dans un appartement, la radio a réussi à échapper à toute casse matérielle et condamnation pénale grâce à leur organisation d’alertes efficaces pour échapper à la police. (Schéma ci-dessous.)
Suite de personnes à contacter en cas d’alerte
Un an après les premières émissions, la libéralisation des ondes arrive. La radio dépose les statuts de l’association en 1982 et obtient son autorisation d’émettre en 1985. Radio Mon Païs devient une structure indépendante mais reste proche de la CGT et des luttes syndicales, matérialisées par Le journal syndical et social diffusé tous les jours de la semaine. La radio se trouve, d’ailleurs, dans les mêmes locaux que le siège de la CGT 31, dans le bâtiment de la Bourse du travail de Toulouse. Par son histoire, elle continue d’avoir une gouvernance proche de celle de la CGT, en s’éloignant peut-être un peu des évolutions actuelles du monde associatif (venant notamment des jeunes recrues) qui cherche de plus en plus d’horizontalité.
La radio est toujours bien connue sur le territoire, mais fait face à la baisse des financements. Elle survit grâce à l’engagement de bénévoles offrant une programmation diversifiée, notamment musicale. Au quotidien, ce sont un président et un trésorier très présents depuis longtemps, ainsi que deux salariés à temps partiel, qui assurent la plupart des tâches journalistiques et administratives. Une petite équipe surchargée pour réaliser toutes leurs missions. D’autres émissions sont quant à elles portées par des associations telles que La Ligue des droits de l’Homme, Amnesty International ou Fréquence Latine.
Camille, Festival Girls don’t Cry et Mina, service civique
Petit bonus : en 2022, la radio publie un livre sur son histoire, Des idées plein les ondes : Radio Mon Païs depuis 1980, écrit par Édouard Pivotsky.
Une radio née au lycée Louis Querbes à l’initiative de l’ancien proviseur, aujourd’hui président de l’association. Ancien enseignant de mathématiques, il avait eu de l’expérience de l’éducation populaire, qu’il a appliquée au lycée avec l’équipe éducative quand il est devenu proviseur. Les cours avaient été réduits à 40 minutes pour permettre aux élèves de finir plus tôt et de bénéficier d’ateliers, dont un atelier radiophonique. Persuadé de l’intérêt pédagogique de la radio autant en termes d’oralité que d’écriture, l’équipe, avec quelques élèves, a décidé de lui donner une existence légale en 2006 pour qu’elle puisse obtenir une fréquence FM. |
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La radio est aujourd’hui dans un local indépendant attenant au lycée. Il y a eu une réelle volonté de devenir un véritable média de proximité et de s’étendre au-delà du monde scolaire. Un salarié, ancien de France Culture, a bien participé à développer RTR. Néanmoins, il a aussi éloigné la radio de ses origines de média pédagogique. Le reste de l’équipe a souhaité se rapprocher de ses missions premières en redéveloppant des ateliers radios pour les jeunes.
Aujourd’hui, 3 salariées à temps plein et une quarantaine de bénévoles font vivre la radio. En plus des nombreux ateliers, les salariées animent des formations pour les bénévoles de la radio et d’associations partenaires afin de les rendre le plus autonomes possible dans la création de leurs émissions. Les ateliers et formations sont aussi des façons de permettre au plus grand nombre d’accéder à la parole en développant un sentiment de légitimité. C’est d’ailleurs l’un des premiers engagements que la radio revendique : l’accès à la parole pour toustes. En collaboration avec Radio Larzac, RTR va jusqu’à la maison d’arrêt pour recueillir la parole.
Enregistrement de l’agenda du Club (salle de concert associative)
Les salariées ont la volonté d’affirmer l’engagement de la radio autant dans ses productions que dans sa sélection musicale : parité de voix d’hommes et de femmes, représentation de la diversité culturelle, queer, etc. La petite équipe s’entraide beaucoup pour y parvenir ; toutes sont capables de remplir les missions des autres. Si cette organisation offre une grande flexibilité, elle est aussi fatigante, puisqu’il faut constamment être au fait de tout ce qu’il se passe à la radio.
Ajoutons qu’avoir trois salariées à temps plein et payées au-delà du salaire minimum implique de faire appel à des subventions. FSER, appels à projets divers, politique de la ville, FDVA, etc., demandent beaucoup de temps et d’adaptation pour répondre aux exigences des financeureuses. Il faut parfois se creuser la tête pour faire rentrer son projet dans les cases. Si cette gymnastique fatigue d’autant plus les salariées, pour elles, c’est aussi une façon de faire évoluer la radio vers de nouveaux publics ou d’autres orientations.
Noël dans la régie de RTR
Par rapport aux autres radios que j’ai pu croiser, c’est l’une des seules où personne, ni dans les bénévoles ni dans les salariées, ne vient du monde de la radio libre des années 1980. J’ai remarqué une organisation peut-être plus « formelle », suivant les consignes de l’Arcom de très près. Les bénévoles ne sont quasiment jamais laissé·e·s seul·e·s dans les studios, et la coordinatrice écoute la plupart des émissions bénévoles pour s’assurer de l’adéquation des propos tenus. Notons tout de même que la radio en milieu rural suppose d’autres contraintes : celles de parler à tout le monde, mais aussi des bénévoles moins nombreux·ses vivant parfois loin du local de la radio.
| Voici deux grandes villes parcourues. Dans les métropoles, j’ai pu rencontrer des radios avec une orientation généralement plus militantes et engagées politiquement que celles des milieux ruraux. La densité de population leur permet de s’adresser à une communauté assez nombreuse partageant les mêmes idées et goûts musicaux. C’est aussi une manière de se distinguer des autres radios présentes dans la ville. Elles ont la possibilité de s’appuyer sur plus de bénévolat. Avec moins de salarié·e·s, ces radios sont plus libres financièrement et le revendiquent. En milieu rural, les radios disposent souvent de plus de salarié·e·s pour pallier le manque de bénévoles et s’adresser à toute personne du territoire. En région Occitanie, j’ai également pu entendre parler de deux organisations locales regroupant les radios associatives : l’Arra (Assemblée Régionale des Radios Associatives), fédération liée à la CNRA (Confédération Nationale des Radios Associatives), et le CRLO (Collectif des Radios Libres d’Occitanie), plus proche du SNRL (Syndicat National des Radios |
Libres). Après la réforme des régions, l’Arra a regroupé les deux anciennes fédérations, non sans émules. C’est face à des dissensions que le CRLO s’est créé avec des radios qui critiquaient la position du président de l’Arra et la présence des radios confessionnelles.
A bientôt pour la suite du voyage !!!