Que le tour de France des radios associatives commence ! 18 août au 30 septembre 2025
Avant de quitter un emploi salarié et un appartement, mieux vaut se préparer un peu ! Écriture, demande de financements, préparation de l’itinéraire, etc. Je passe à mi-temps en mars 2025 pour préparer le grand départ, en commençant par la recherche de financements. Résultat : 2000 € dont j’attends encore la couleur depuis cinq mois et 8000 € refusés. Finances obligent, le projet a pris une toute autre dimension.
Pas de graphiste, pas de matériel neuf, frais d’hébergement et de déplacement limités au maximum ! Mais la motivation est là ! Ni une ni deux, je me transforme en graphiste amatrice : création du logo, des éléments de présentation du projet, de l'identité visuelle, des différents comptes liés à la communication en ligne, etc. S'ajoutent tous les autres préparatifs : recherche et contact des radios sélectionnées, recherche d'hébergements via plusieurs plateformes (Couchsurfing, Nomadsister, BeWelcome, Helpx, Workaway, M'Sitting...) et mobilisation de mon réseau, début de la communication sur le projet documentaire-voyage, etc. Réduction budgétaire oblige, Leboncoin, meilleur fournisseur de matériel ! En dehors du vélo, acheté à une connaissance, tout mon matériel multimédia (à l'exception des batteries externes) a été acheté sur Leboncoin. Côté équipement vélo : un joli mix entre neuf et occasion, selon les offres et les prix.
Bref, toujours voir le positif ! Finalement, même si j'ai passé bien plus de temps que prévu aux préparatifs du départ, le projet me ressemble peut-être encore davantage et s'inscrit dans une démarche globale : mobilité douce, achat d'occasion, logo made by Lisa et Canva.
Tenue de travail
Pensant (peut-être) naïvement que prendre le train sans démonter mon vélo serait un jeu d'enfant, ici aussi quelques imprévus...
Ma tête devant SNCF Connect
Avant même de prendre mes billets, j’ai bien entendu cherché des tarifs avantageux pour mon projet de tour de France des radios. Ayant plus de 27 ans, fini la carte Avantage Jeune… et c’est malheureusement la seule carte qui m’aurait permis d’avoir des réductions nationales, tous les jours de la semaine. En tant que « vraie adulte responsable, supposée gagner plein d’argent en travaillant », nous n’avons le droit de voyager à tarif réduit que le week-end. Évidemment, la majorité de mes déplacements se font en semaine. Ça aurait été trop simple, sinon.
Après avoir tenté (infructueusement) de contacter la SNCF Voyageurs, me voilà partie fouiller les fins fonds d’internet pour essayer de réduire mes frais de transport… Ce voyage va-t-il se transformer en tour de France en bus ? Bien sûr que non : vive le train et son confort ! Ah, Interrail a mis en place un pass Un Pays. Génial !
"Vous ne pouvez pas commander un Pass Un Pays pour le pays dans lequel vous résidez", interrail.eu
Que faire ? Mentir ? Déménager ? Prendre les cartes de réduction payantes de chaque région de France ? Pour le moment, la dernière solution a été choisie. Si vous avez des tips, dites-moi !
Et ça ne s’arrête pas là ! Un peu triste de ne pas avoir trouvé d’autres solutions — et après avoir passé quelques heuuuures à chercher une alternative apparemment inexistante — je vais enfin sur SNCF Connect pour acheter mon billet Aix-en-Provence → Chamonix en TER (le seul moyen de transport en commun qui permet de ne pas démonter son vélo sur presque toutes les lignes) Cette action, qui me paraissait la plus anodine du trajet, s’est révélée se transformer en enquête… Effectivement, selon l’IA de la SNCF, aucun train ne correspondait à mes critères de recherche. Obligée de passer par le TGV ?
Carte interactive du réseau ferré national https://www.sncf-reseau.com/fr/cartes/carte-interactive-reseau-ferre-national
Non, je sais qu’il existe des lignes de train reliant ma destination. Me voilà donc sur la carte ferroviaire de France pour trouver mon itinéraire et prendre mes billets un par un. Résultat : une journée de voyage et trois correspondances. Un trajet qui ne me semble pas introuvable pour une IA… Bref, passons-lui ce malentendu. Le 18 août, c’est enfin le grand départ ! Direction mon Couchsurfing aux Houches, pour quatre jours, avec vue sur le Mont-Blanc !
Pourquoi commencer par Chamonix en venant du Var, me direz-vous ? Et j’aurais envie de vous répondre : “Parce qu’en tant qu’indépendante, je fais bien que ce que je veux !” Mais j’imagine que cette réponse n’est pas très satisfaisante. Ok, je m’explique… Il se trouve que j’avais déjà eu l’occasion de rencontrer Globule Radio pendant des vacances à Chamonix. Nous avions alors évoqué ce projet de tour des radios, qui me trottait déjà bien en tête. Enthousiaste, la radio m’avait proposé de venir fin août pour participer à un direct de 12 heures, qui n’a finalement pas eu lieu… mais, n’ayant qu’une parole, je n’ai pas changé mes plans.
Première rencontre : 19 août avec Globule Radio, la radio de la vallée de Chamonix. J’arrive place Edmond Desailloud, dans le centre de Chamonix, en pleine réunion d’équipe. Installées à l’extérieur, devant une ancienne école de ski transformée en studio radio, Jessica, Clio, Kirsteen, Caroline et Laurène organisent les activités à venir et mon arrivée. C’est parti pour quatre demi-journées en immersion avec l’équipe. Il ne manque que Jean-Claude, cofondateur et président de l’association, longtemps technicien et chef d’antenne à France Bleu et Radio Ellebore. La deuxième cofondatrice, Jessica, est là pour me raconter l’histoire de cette radio des hautes Alpes.
Devanture du local de Globule Radio
La radio obtient sa première fréquence en 2017, mais elle avait été créée quelques années auparavant, portée par l’association Fil de Larve. Sans fréquence FM, la radio était d’abord un média pédagogique. Si Globule Radio est aujourd’hui bien active sur les ondes et propose de nombreuses émissions, l’éducation aux médias et à l’information reste au cœur de son projet. Cette mission est d’ailleurs très demandée, autant par les établissements scolaires que par le département de la Haute-Savoie. La radio développe même un projet européen en lien avec des établissements italiens, pour amener les élèves à réfléchir et à s’exprimer sur les questions d’environnement et de développement durable.
Kirsteen, technicienne à Globule Radio
D’une part, cette radio émet sur un territoire bien particulier : au pied du Mont-Blanc, entre vallée et haute montagne, ce qui l’oblige à multiplier les antennes pour être écoutée partout sur son territoire. D’autre part, Chamonix et sa vallée, c’est aussi le tourisme et les activités saisonnières : ski et autres sports d’hiver, randonnée, parapente, activités culturelles, etc. Il y a de quoi faire en toute saison !
En dehors des ateliers pendant les périodes scolaires, la radio propose une matinale en hiver pour informer les habitant.e.s et les touristes des activités, des conditions météo et de l’ouverture des remontées mécaniques. En été, la radio part à la rencontre des acteurices du territoire et assure une couverture régulière de l’actualité locale grâce à ses deux journalistes, Caroline et Laurène.
Ici, ce sont en très grande majorité les salariées qui produisent et construisent les différents contenus. Peut-être en raison du territoire propice au “passage”, la radio ne compte presque aucun·e bénévole producteurice d’émission. C’est sans doute là que se situe le principal défi de la radio de Chamonix. C’est d’ailleurs une volonté forte que m’a partagée Jessica, qui souhaite avant tout s’adresser aux personnes qui vivent et font vivre le territoire.
Ouverte à toustes, la radio ne se revendique d’aucun courant politique, les salariées défendent une ligne éditoriale tournée vers les initiatives locales de l’économie sociale et solidaire dans leur couverture de l’actualité du territoire.
Photo de Globule Radio, 21 août 2025. Descente en parapente pour la paix en Palestine
Globule Radio affirme son engagement pour le territoire à travers de nombreux projets. J’ai eu la chance d’assister en direct à l’émission La radio des villages à Taconnaz (pour les touristes, le “z” ne se prononce pas), qui mettait à l’honneur deux musiciens locaux et une réalisatrice. Ce type de rendez-vous illustre bien la volonté de la radio d’aller à la rencontre de celles et ceux qui font vivre la vallée à l’année. Autre particularité du territoire : son environnement. En montagne, le changement climatique se fait sentir de manière particulièrement forte. Qu’il s’agisse d’éducation aux médias, de reportages ou de formats plus participatifs, tous les moyens sont bons pour sensibiliser aux enjeux environnementaux et du sur-tourisme
Et la radio ne se limite pas aux villages alentour. Avec La tête sur le guidon, elle part à vélo sur la Via Rhôna, à la découverte du patrimoine et des acteurices localaux. Ces podcasts itinérants, réalisés à vélo ou “pied à terre”, sont aussi une manière de diversifier les financements de la radio : entreprises, collectivités locales, acteurices du tourisme… toustes sont associé.e.s à ces projets qui valorisent le territoire tout en affirmant l’identité singulière de Globule Radio.
La radio des villages, 22 août 2025
Me voilà de retour sur la route direction l’Isère où de nombreuses radios associatives bien différentes sont implantées. Peut-être dû au nombre important de radio, j’ai pu remarquer différentes manières d’aborder l’information et de produire des contenus radiophoniques plus spécialisés pour certaines.
On peut même mangé de la pastèque en restant plus longtemps !!!!
C’était une étape tout confort, vive le réseau ! J’ai eu un appartement pour moi toute seule pendant deux semaines — quel luxe quand on est en itinérance ! J’ai donc pu prendre le temps de rencontrer presque toutes les radios autour de cet appartement, entre Grenoble et Chambéry, bien desservies par le train qui traverse la vallée du Grésivaudan et jusqu’à Chambéry.
Enfin… le luxe ou presque : anecdote de galère de voyage (un peu de ma faute quand même). J’avais une nuit de battement entre mes deux hébergements. N’ayant pas vraiment anticipé, je n’ai pas réussi à trouver un logement chez quelqu’un.e en si peu de temps. Je cherchais donc un logement pour une nuit, le moins cher possible. J’ai trouvé un lit dans un dortoir à 20 €, qui ne semblait pas trop loin de mon logement à Allevard. Ce que je n’avais pas anticipé, c’est que l’auberge était en fait à 30 km de montée de la gare la plus proche… Souhaitant rester aux Houches plus tard que prévu pour pouvoir dire au revoir à mes hôtes, je suis arrivée en gare juste avant la tombée de la nuit. S’ensuivent presque quatre heures de vélo, 100 % montée, pour rejoindre mon lit dans un dortoir de 14 lits. Arrivée en pleine nuit, j’ai au moins pu profiter du paysage avant de redescendre.
C’est sûrement la radio avec laquelle j’aurai passé le moins de temps, puisque nous n’avons partagé qu’une matinée. Gérée de manière 100 % bénévole, la radio y voit un avantage : pas de coûts salariaux, donc moins de recherche de financements nécessaire. Entre flexibilité et baisse du bénévolat, le défi de maintenir cette radio en vie se fait sentir chaque année.
née en 1982, cette radio est la descendante d’une radio pirate. Aujourd’hui, son président est le fils de l’un des cofondateurs, désormais à la retraite. Pour lui, la baisse des financements publics de la culture est structurelle et nécessaire au fonctionnement du pays. Pourtant, cette radio joue un rôle important auprès des personnes âgées. L’équipe travaille très régulièrement avec les maisons de retraite environnantes, assure une présence téléphonique et FM, propose des musiques adaptées à cette génération et favorise les projets intergénérationnels.
Il y aurait beaucoup à dire sur cette radio, mais je vais essayer de me tenir à l’essentiel. Créée en 1991 dans un quartier populaire grenoblois, elle était à l’origine portée par un groupe de jeunes souhaitant donner une autre voix aux quartiers. Alors que les médias mainstream se focalisent sur les faits divers de quelques-uns, ces jeunes commencent à prendre la parole pour mettre en lumière les initiatives positives et la culture populaire en plein essor. Aujourd’hui, sortie de son quartier historique, la ligne éditoriale des débuts est toujours bien présente. Composée d’une équipe de sept salariés et d’une vingtaine de bénévoles actif·ve·s, la radio continue de proposer des contenus positifs et de valoriser la culture populaire à travers des émissions, interviews et musiques urbaines.
Sana, animateur à News FM
Au-delà des contenus radiophoniques, News FM est particulièrement présente dans l’éducation aux médias et à l’information (EMI) ainsi que dans l’insertion. D’ailleurs, beaucoup de salariés sont arrivés par la voie de l’insertion et une fois en radio, comme beaucoup, ils n’en sont plus ressortis. Pour aller plus loin, News FM propose aujourd’hui un chantier d’insertion médias, offrant d’autres possibilités que les parcours classiques, qui mènent bien souvent aux métiers manuels (cuisine, BTP, maraîchage, etc.).
Green Radio entre environnement et jeunesse, une initiative de News FM: une webradio radio qui parle aux jeunes grenoblois depuis un tiers-lieu associatif basé dans un tout nouveau centre commercial. D’une part Green Radio a pour objectif d’étendre la présence de l’association News FM au sud de Grenoble et d’autre part de se tourner plus vers la jeunesse en partageant musiques et actualité grenobloise.
Le studio
Anciennement Radio Kaléidoscope, implantée dans un quartier populaire, la radio avait pour but de valoriser la pluralité culturelle locale. RKS est probablement la radio associative historique de Grenoble. Son président, depuis 2018, Jean, est un expert de la technique radiophonique et partage son savoir-faire avec d’autres radios locales, en complément de ses prestations pour d’autres types de radios. Son expérience permet de nombreux échanges avec les radios associatives et la mise à disposition de matériel. Depuis son arrivée, un changement de ligne éditoriale a permis à la radio un fort développement, jusqu’à apparaître sur Médiamétrie, la seule radio associative du territoire à y être présente. Aujourd’hui, si RKS continue à valoriser la mixité culturelle, elle est une radio plus généraliste, peut-être au détriment de sujets moins consensuels… Est-ce une des raisons pour laquelle l’émission féministe du collectif Dégenré·e a pris fin ?
On ne peut pas plaire à tout le monde… La radio n’accueille plus cette émission féministe mais elle a été un refuge pour Maxime, jeune journaliste à RKS. Après des expériences difficiles dans le secteur des médias publics, il a aujourd’hui trouver une radio qui lui permet de faire son métier sereinement et d’avoir plus de liberté de les choix des sujets.
Jean et Maxime, RKS, Grenoble
Quant à Oxygène Radio, j’avais essayé de contacter la radio, sans retour. Je me suis donc dirigée vers leurs locaux à Pontcharra. Je suis arrivée devant une porte bien fermée et une enseigne décolorée par le temps. Fort est de constater que la radio n’est plus dans ces locaux. Néanmoins, il était impossible de les joindre ou de trouver des informations sur un nouveau siège social. C’est en allant à RKS que j’ai trouvé un ordinateur diffusant Oxygène Radio sur ses deux fréquences, du Grésivaudan aux Alpes. Cette radio était en train de s’éteindre petit à petit, risquant de perdre ses fréquences, acquises difficilement pour de nombreuses radios auprès de l’Arcom (Autorité de Régulation de la Communication Audiovisuelle et Numérique). Si RKS a pu faire perdurer ces fréquences depuis son studio grenoblois, quid de l’implication des habitant·e·s dans le projet associatif d’Oxygène ?
Par ailleurs, dans un contexte de baisse progressive des financements publics pour les associations, une diminution de 30 % du FSER (Fonds de Soutien à l’Expression Radiophonique) était prévue en 2024, mais elle a été évitée de justesse grâce à l’action des syndicats et fédérations des radios associatives. Rappelons que le FSER est très souvent le principal financement des radios associatives, une particularité bien française acquise en 1998. Cette situation soulève des questions sur la concentration médiatique, même au niveau associatif, où la survie financière semble parfois primer sur la coopération et la transparence entre structures de l’ESS.
Au cœur du massif de la Chartreuse, cette association est la seule radio locale. Elle émet sur trois fréquences pour couvrir cette zone montagneuse et faire résonner les acteurices de la culture, de l’économie sociale et solidaire ainsi que la voix des habitant·e·s. Sa petite équipe m’a fait partager son quotidien pendant deux jours. J’y ai trouvé une radio associative présente depuis 1989 légalement, et auparavant de manière officieuse. Du haut de Saint-Pierre-de-Chartreuse, les pionniers de Couleur Chartreuse posaient des émetteurs sur les sommets pour partager musiques et informations locales. Aujourd’hui, aucun des fondateurs n’est encore présent, mais la mémoire est bien conservée et rappelée par quelques photos et documents d’archive des premières installations.
Désormais professionnalisée, les trois salarié·e·s, accompagné.e.s de deux jeunes en service civique et de quelques bénévoles, continuent de faire vivre cette radio locale. En plus d’être très présente lors des événements et auprès des acteurices locaux, la proposition d’offres de service civique permet aux jeunes d’expérimenter le milieu associatif et la radio sans avoir à quitter ce territoire rural.
Entée des locaux de RCC
Néanmoins, la radio exprime (en off) ses inquiétudes face à la montée de l’extrême droite partout en Europe et aux risques liés à la diminution des financements publics. La radio développe donc de plus en plus de partenariats rémunérés avec les collectivités locales, notamment autour du tourisme et de la culture, ainsi qu’avec certaines entreprises du territoire. Cette démarche permet également d’accompagner la transition des acteurices du tourisme face au dérèglement climatique et au démantèlement des stations de ski de Chartreuse.
Retrouvez Radio Couleur Chartreuse
Bien sûr que non ! La radio est même très occupée et méritait bien de se reposer en août. Heureusement, j’ai réussi à les rencontrer avant de repartir plus au sud, mais bien moins longtemps que prévu dans ma tête. On m’avait tellement parlé de Radio Grésivaudan, comme LA radio la mieux implantée sur le territoire. Présente à Crolles et à Chambéry, aujourd’hui l’antenne chambérienne a été rebaptisée Radio Toute Ouïe et est coordonnée par Eve, qui essaie de faire le lien entre la vallée du Grésivaudan et Chambéry.
Et pourquoi Chambéry ? Étrangement, par rapport à la taille de la ville, côté radio associative, il n’y avait que Ellebore, plutôt orientée musique. Aucune radio associative ne se focalisait sur l’actualité locale et la parole citoyenne. En s’y intéressant de plus près, l’association a vite détecté un réel besoin d’expression de la part des habitant·e·s. Peu à peu, le nombre de bénévoles et l’antenne sont voués à un bel avenir.
François et Céline, Radio Grésivaudan, Crolles
Revenons à Crolles, le siège social et la première antenne de Radio Grésivaudan. Les studios sont collés au centre socioculturel, offrant une belle diversité culturelle et une visibilité pour la radio. Depuis ses débuts en 1981, Radio Grésivaudan est une réelle actrice de l’animation et de la vie locale, y compris dans son mode de gouvernance. Une pluralité de partie prenantes (collectivités, auditeur·ice·s, usager·ère·s, associations, etc.) y prennent part, permettant une meilleure représentativité dans les prises de décision.
Dans le Grésivaudan, la radio propose à la fois des informations locales, de la création sonore et une grande ouverture à l’expression d’habitant·e·s du territoire. Ajoutons quelques formations et ateliers d’éducation aux médias pour compléter l’offre : la radio multiplie ainsi les activités, ouvrant sur une grande diversité de contenus et de personnes, tout en diversifiant ses financements.
Après ces 3 premières semaines très intenses, 10 jours de semi-pause pour faire le point sur le point sur cette expérience et rejoindre ma famille. J’en profite pour rencontrer une webradio proche de chez mes parents, Radio Cerise, au Luc-en-Provence, seule radio associative sur ce territoire marqué par un fort taux de vote d’extrême droite.
Michel, président de Radio Cerise
Avec un peu de recul, ces trois semaines ont été extrêmement riches, mais aussi très fatigantes et intenses, avec beaucoup de différences de contenus entre les radios que j’ai pu visiter une journée, voire moins, et celles où j’ai pu rester plusieurs jours en immersion pour mieux m’imprégner de l’atmosphère de travail et du territoire de ces radios.
Que choisir :
Plus de radio mais un contenu plus sommaire (même si suffisant pour réaliser un documentaire)
Moins de radios mais des interviews et observation plus approfondie ?
Le choix n’est pas facile : avec plus de 750 radios associatives en FM en France, il va falloir faire l’impasse sur certaines, quitte à être moins représentative de la diversité du paysage radiophonique. Finalement, j’ai choisi de réduire le nombre de radios rencontrées à une ou deux par semaine, avec quelques pauses jusqu’à la fin du voyage en juin, en adoptant une démarche plus proche de l’observation participante, complétée par des entretiens individuels avec divers acteurices gravitant autour de la radio. Cette nouvelle organisation me permet de participer davantage aux activités des radios : enregistrement d’émissions, ateliers, réunions, etc., afin de mieux appréhender les méthodes de travail et l’ambiance. Rester plus longtemps, c’est aussi pouvoir visiter davantage les alentours, comprendre le territoire et tout simplement profiter du voyage.
Gare de Carnoules, 17 août 2025
Après cette pause familiale, me revoilà sur la route pour rejoindre le sud de l’Isère en passant par les Alpes-de-Hautes-Provence. 2 radios à voir avant de poursuivre vers la Drôme : Radio Zinzine à Limans et Radio Dragon à Mens.
Dans les Alpes-de-Haute-Provence, Radio Zinzine est présente depuis la libéralisation des ondes. Zinzine a été lancée par les membres de la communauté Longo Maï, installée à Limans depuis 1973. Elle a été créée par des militant·e·s de mai 68 issu·e·s de plusieurs pays (France, Suisse, Allemagne, etc.) et défendant une ligne marxiste-révolutionnaire. Les premier·ère·s arrivé·e·s, pour beaucoup issu·e·s de familles aisées, ont acquis des terres et rénové une ancienne ferme dans l’objectif de tendre vers une vie en autosubsistance, sous l’égide du communisme libertaire. Aujourd’hui, ce sont entre 60 et 100 personnes qui y vivent à l’année et se définissent comme une communauté anarchiste autogérée, mais ouverte sur l’extérieur.
Association Longo Maï, Limans
La communauté a développé l’agriculture, l’élevage et la production de textiles en laine, vendus notamment sur le marché de Forcalquier afin d’assurer le financement de la communauté et de pouvoir acheter les biens et services que la communauté ne produit pas elle-même. Le financement de la communauté se fait également par l’offre de services extérieurs, comme la tonte de moutons, mais aussi avec des dons provenant notamment de Pro Longo Maï, une association suisse de soutien aux différentes communautés.
Inspirée du communisme libertaire, la communauté ne pratique ni salaire ni salariat pour les travailleureuses Longo Maï. Les besoins primaires (logement, alimentation, etc.) sont déjà pris en charge par la communauté, puis chacun·e peut demander de l’argent pour répondre à ses autres besoins et envies. Selon Noëlle, les membres de la communauté peuvent obtenir entre 200 et 400€/mois en moyenne.
Chambre d'ami.e, communauté Longo Maï, Limans
J’ai pu y être hébergée quelques jours, dans la chambre d’ami·e·s destinée à accueillir les nouvelleaux. J’étais logée dans la dernière maison à avoir été rénovée. Bois, pierre, panneaux solaires : chacun·e met ses compétences à disposition pour remettre le vieux hameau en état, tout en respectant au maximum l’environnement et en favorisant la vie en autonomie. Dans le hameau, plusieurs maisons ont été rénovées et se composent de plusieurs chambres et d’espaces communs. À l’entrée du hameau, un bâtiment est dédié à la vie collective, avec une grande pièce où la communauté partage ses repas, et une grande cuisine professionnelle pour nourrir tous les habitant·e·s. Dans le bâtiment adjacent se trouvent une salle et une bibliothèque partagée.
Les pionnier·ère·s ont passé une bonne partie de leur vie dans la communauté. Aujourd’hui, les plus jeunes ont tendance à rester moins longtemps, la communauté ne représente plus qu’une étape de vie. Les plus ancien·ne·s déplorent un changement chez les nouvelleaux arrivant·e·s, qui jouent moins le jeu du collectif : par exemple, ielles partagent moins les repas communs et restent davantage dans les cuisines collectives des maisons.
Espace commun, communauté Longo Maï, Limans
Pour sûr, la radio est militante et indépendante : analyse politique locale et internationale, conflits armés, antifascisme, environnement, monde rural, numérique, etc. sont ponctués d’émissions musicales éclectiques. Un moyen de conserver son indépendance, c’est aussi d’éviter les financements extérieurs. La radio ne reçoit que le FSER comme subvention publique. Elle est donc obligée de fonctionner principalement avec des bénévoles. Les studios sont isolés de la communauté, accessibles par un chemin de terre sans avoir à traverser le hameau pour rejoindre le sommet de la colline. À l’extérieur, une maison en pierre, rénovée par la communauté, équipée de panneaux solaires, d’une antenne et d’un jardin, permet à la radio d’émettre de manière totalement autonome.
Studio Zinzine vue extérieur
À l’intérieur, une grande pièce et une grande table équipée de micros pour accueillir des invité·e·s. La technique est entourée d’une multitude de CD, de vinyles, de stickers en tout genre et d’archives. Si la radio est ouverte aux habitant·e·s des alentours, qui proposent des émissions bénévoles, la gestion quotidienne repose encore largement sur certains membres de la communauté, qui se réunissent une fois par semaine. Tous les bénévoles sont invités une fois par mois.
Les membres de la radio tiennent à appliquer les mêmes principes d’autogestion que la communauté. J’ai pu assister à une réunion hebdomadaire le lundi 22 septembre. J’ai découvert une radio plus « fermée » : peu de sons d’ambiance possibles, quasiment pas de photos — peut-être à cause des diverses attaques contre la communauté, qui a mis longtemps à se faire accepter par les localaux. Accusations de fonctionnement sectaire, de pratiques autoritaires, d’enfants non scolarisé·e·s, etc. se sont multipliées, allant jusqu’à l’oreille des services de renseignement généraux et des CRS.
Radio associative en autogestion, mais bien différente de Radio Zinzine. Ici aussi, cette radio a une histoire bien à elle. Une autre radio associative était présente avant 2013 : Radio Mont Aiguille (du nom de la plus haute montagne visible du village). Cette radio associative ne donnait que peu la parole aux habitant·e·s et a peu à peu fait faillite. Il faut savoir qu’obtenir une fréquence FM est un travail de longue haleine et de plus en plus difficile. Un groupe d’habitant·e·s souhaitant conserver ce moyen d’expression citoyenne s’est donc saisi de la question pour reprendre la fréquence, donnant naissance à Radio Dragon.
Quel rapport avec les dragons ? Son nom vient du Drac, affluent du Rhône, connu pour sa puissance qui emportait tous les ponts sur son passage. Mens était alors un village particulièrement enclavé entre eau et montagne, rendant les déplacements longs et fastidieux. “Drac” est un mot occitan venant du latin draco, qui a donné “dragon” en français. Son nom révèle donc son ancrage sur le territoire. De cet isolement est né un réel élan d’entraide et de solidarité, toujours présent aujourd’hui, avec une vie associative, culturelle et villageoise très riche.
Après l’expérience de Radio Mont Aiguille, les Mensois·es tiennent à conserver une radio appartenant aux habitant·e·s et répondant aux besoins d’expression du territoire. Pour ce faire, la radio a choisi l’autogestion en différentes commissions. Sept commissions thématiques (musique, employeur, formation, communication, programmation, technique et administration) assurent les prises de décision qui leur sont liées et font remonter les points nécessitant plusieurs regards à l’intercommission, elle-même composée de représentant·e·s de chaque commission. Les salariées s’alternent pour participer aux différentes commissions et assurer un suivi régulier.
Une gestion 100 % bénévole n’est pas une mince affaire… Donc Radio Dragon fait appel à trois salariées sur les fonctions “support” afin d’assurer le fonctionnement quotidien, le développement de l’association et de permettre aux bénévoles de pouvoir réaliser leurs activités dans de bonnes conditions. Avoir des salariées, c’est aussi une question de disponibilité. Pour être ouverte aux habitant·e·s, les salariées assurent des permanences d’accueil tous les après-midis, du mardi au vendredi. Impossible d’assurer une telle régularité de manière bénévole.
Pour éviter toute appropriation des ondes par les salariées et toute pression financière, la radio ne recourt qu’à des CDD et n’a pas les moyens de proposer plus que des temps partiels. La forme CDD est également un choix du conseil d’administration, qui renouvelle très régulièrement l’équipe afin de conserver un engagement bénévole fort. Cette organisation assure certes une forte indépendance à la radio, mais pose la question de la précarité dans le monde des médias associatifs, et plus largement dans les associations. Ajoutons que que cela réserve l’accès à ce type d’emploi qu’à une certaine partie de la population pouvant se permettre un emploi peu rémunérateur en milieu rural.
Commission programmation
Fin septembre on bifurque vers la Drôme pour poursuivre le tour des radios associatives en région Auvergne-Rhône-Alpes. Nous avons ici un territoire particulièrement actif en matière de radios associatives avec de nombreuses structures et une fédération, AURA FM, très active facilitant la mise en réseau des radios du territoire.
J’ai pu découvrir une radio bien connue dans le Diois. Toutes les personnes que j’ai croisées en dehors de la radio la connaissaient. Elle fait partie du paysage de Die grâce à sa forte présence sur les événements et auprès des acteurices à Die et aux alentours. Avec huit salarié·e·s et une cinquantaine de bénévoles, la radio a de quoi assurer une large couverture des actualités locales ainsi que des émissions musicales et thématiques variées.
De mes deux jours d’immersion, j’ai découvert une radio très ouverte aux initiatives des habitant·e·s, avec un cadre convivial, y compris entre l’équipe salariée. Elle est particulièrement engagée pour le développement local, social et solidaire, mais aussi dans la lutte contre les discriminations et pour la visibilité des personnes souvent exclues des espaces de parole publics. L’équipe se donne les moyens d’atteindre ces personnes en proposant des ateliers radio avec diverses structures d’accueil social telles que la Mission locale, le CCAS, etc.
Laurent et Tifaine, bureau RDWA
Par hasard, je suis arrivée le jour d’un apéro bénévole. Ces moments conviviaux permettent la rencontre entre les porteureuses d’émissions, les membres du CA ou de simples sympathisant·e·s. Une aubaine pour moi qui souhaite rencontrer une multiplicité de personnes qui gravitent autour des radios. Musique, astronomie, prise de décision en milieu associatif… les témoignages ne manquent pas !
Plus qu’une simple radio locale, RDWA participe intensément à la vie sociale du territoire. Elle doit son succès aussi à son accueil quasi-inconditionnel. Dans ses grands locaux à la mairie de Die, la porte est toujours ouverte : passer prendre un café, imprimer des documents, discuter, enregistrer, utiliser Internet, etc. ont participé à la faire connaître et à faire entrer des personnes qui ne se seraient peut-être pas dirigées intuitivement vers la radio. Elle est peut-être l’une des radios avec le plus de mixité sociale que j’ai rencontrées jusque là.
Espace de vie sociale radiophonique, Luc-en-Diois
Depuis trois ans, RDWA va plus loin et a investi Luc-en-Diois, à une vingtaine de kilomètres du siège social. Luc-en-Diois est un milieu rural éloigné de toute grande ville et donc de nombreux services publics, qui désertent progressivement les campagnes françaises. L’association a donc pris les devants en créant un espace de vie sociale radiophonique, du nom de la fréquence locale de RDWA : le 101.7. Une salariée, Sandrine, y travaille à plein temps pour accueillir les habitant·e·s, répondre à leurs besoins et coordonner les différentes actions de l’espace de vie sociale. Ses collègues de Die passent chaque semaine pour proposer l’accès au second studio radio et favoriser l’expression citoyenne.
Test tour de France validé !
11 radios en à peine plus d’un mois c’est trop ! Je ralenti le rythme, une à deux radios par semaine ça suffit ! Malgré tout ces premières étapes m’ont permis d’affiner ma méthodologie et de commencer à avoir un peu de recul sur le milieu des radios associatives. C’était aussi une bonne phase de test pour mon premier voyage seule et à vélo. Même si les TER c’est parfois un peu la galère, je pensais avoir plus de difficulté que ça. Finalement, je m’en sors bien entre vêtements, matos’ d’enrigistrement et vélo.
La suite le mois prochain : Domardèche to be continue dans la prochaine newsletter !!!!
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