Décembre ou comment passer l’hiver le plus au chaud possible

En route vers la méditerranée !

L’épisode pilote est sortie !!!!!
1e épisode d’une longue série pour expliquer le projet de tour de France en version audio
A retrouver sur Vodio.fr


Dernier mois de l’année 2025, Noël approche avec ses marchés et ses vins chauds pour supporter le froid qui pointe le bout de son nez. Toujours côté ouest, je me rapproche petit à petit du Var, où je passerai les fêtes. Ça ne fait pas de mal de se rapprocher du climat méditerranéen en ce début d’hiver. Je brave encore quelques jours le froid pour aller voir une dernière radio en Aveyron, à Saint-Affrique. D’ailleurs, petit imprévu avant d’y arriver… J’avais repéré, sur la carte du réseau ferroviaire, une ligne reliant Rodez à Millau. Quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai essayé de prendre mes billets : aucun train ne desservait ce trajet. Oups… Plus de trains depuis quelques années, et presque 70 km qui séparent les deux villes. Alors que je me prépare mentalement à passer ma journée à vélo avec toutes mes affaires sur le dos, le président de RTR (newsletter précédente) m’a proposé de m’avancer un peu en voiture. Ouf, plus que 40 km à vélo. Merci ! J’arrive donc à Saint-Affrique plus tard que prévu, en loupant la midinale. Je crois qu’on ne m’en a pas trop voulu après tous ces kilomètres dans les jambes.

Route Rodez - Saint-Affrique

Saint-Affrique : la radio historique du Larzac

Radio Saint-Affrique voit le jour en 1979, dans un contexte de mobilisation sociale et paysanne. Nous sommes en plein cœur du mouvement de la Lutte du Larzac. En 1971, le ministère de la Défense annonce l’extension du camp militaire sur le plateau du Larzac, impliquant l’appropriation de terres agricoles. L’annonce provoque une forte mobilisation paysanne, vite rejointe par des militant·e·s antimilitaristes, ouvrier·ère·s, communistes, « hippies » ou encore féministes (mouvements qui se sont fortement développés post-Mai 68). Si les activistes de ce mouvement n’ont pas directement fondé·e·s la radio, c’est ce contexte qui a permis l’émergence de la radio pirate.

Elle émettait alors depuis les hauteurs aveyronnaises, depuis une camionnette, pour quitter rapidement les lieux dès l’apparition des gyrophares en contrebas. L’arrivée au pouvoir de Mitterrand en 1981 marque l’abandon du projet contesté ainsi que la libéralisation des ondes. Radio Saint-Affrique devient une association légale dès 1981 et obtiendra sa première autorisation d’émettre en 1983, soit la première du département. Par son histoire, elle est bien connue des autres radios locales. Forte de son expérience dès 1979, elle participera à former les producteurices d’autres radios associatives.

Studio Radio Saint-Affrique

Archives Radio Saint-Affrique

En savoir plus sur les luttes du Larzac : en version audio ou en image.

Aujourd’hui, 3 salarié·e·s à 26 h/semaine s’occupent de la gestion quotidienne de la radio. L’association ne peut se permettre plus. Pourquoi ne pas avoir choisi l’option de 2 personnes à temps plein pour éviter la précarité des travailleureuses ? Eh bien, il s’agit de trois métiers bien différents et difficilement remplaçables : un technicien, un animateur d’antenne et une chargée d’administration (entre autres choses). Les salarié·e·s produisent des émissions, des interviews, des agendas locaux, assurent la maintenance, les demandes de financements ou encore animent des ateliers radio. Le but : permettre à toustes d’accéder à la parole, mais aussi de fournir une information locale alternative.

Radio Saint-Affrique a gardé une orientation bien ancrée sur des idéaux de gauche libertaire. Ça se ressent dans la déco du local, rempli d’archives, d’affiches et de vieilles bandes magnétiques. Même si les salarié·e·s ne sont pas là depuis le début, iels ont su conserver l’identité d’une radio engagée sur ce territoire rural, où il n’existe que peu de médias alternatifs. À l’approche des élections municipales, c’est aussi une manière de faire entendre d’autres voix que celles de l’extrême droite.

Mais la radio, ce n’est certainement pas que des salarié·e·s ! Elle ouvre ses portes à toustes les acteur·ices du territoire et aux habitant·e·s souhaitant prendre la parole. Elle participe à faire entendre d’autres voix, des voix alternatives aux autres médias, et à mettre en valeur la multiculturalité en milieu rural. Elle fait bien partie de la vie de la petite ville, avec l’organisation de la fête de la musique depuis de nombreuses années, le lien avec les associations et les établissements scolaires. Elle fait partie du paysage, et ici, tout le monde la connaît.

La régie - Radio Saint-Affrique

Local Radio Saint-Affrique

Radio Pays d’Hérault : 2 associations pour 1 radio

Enseigne RPH

Bien arrivée dans l’Hérault, on retrouve enfin des températures plus clémentes à vélo ! J’arrive dans une petite ville à l’ouest de Montpellier, Saint-André-de-Sangonis, où se trouve l’un des deux studios de Radio Pays d’Hérault (l’autre est à Montagnac). S’il y a bien une particularité ici, ce sont ces deux studios. Montagnac abritait le premier, mais le deuxième a suivi très vite.

Si ce sont, sur le papier, deux associations distinctes, elles se partagent une seule et même radio. Sur ce territoire rural, les deux associations ont mis en commun leurs compétences et leurs ressources pour diversifier les contenus et améliorer la qualité d’écoute. C’est aussi une façon pour la radio d’assurer une large couverture, du littoral à la vallée de l’Hérault.

Il s’agit également d’un territoire assez particulier : en milieu rural, mais proche d’une grande ville, Montpellier. Contrairement à un milieu rural plus isolé où les villes sont difficiles d’accès, ici, il est relativement facile de s’y rendre pour vaquer à ses activités. Cette proximité impacte nécessairement le recrutement des bénévoles. La large couverture et la présence des deux studios permettent de pallier le manque de bénévoles en alternant les productions des deux sites sur l’antenne. D’ailleurs, les bénévoles sont majoritairement des retraité·e·s. En dehors des ateliers radio, Radio Pays d’Hérault a du mal à attirer les jeunes, qui partent souvent en ville pour étudier ou travailler.

Formation bénévoles

Aujourd’hui, les deux associations disposent de 6 salarié·e·s (3 par studio) pour assurer la gestion administrative et financière, l’animation des émissions, des ateliers scolaires et l’accompagnement d’une cinquantaine de bénévoles. La radio a connu des jours meilleurs à Saint-André-de-Sangonis… Quand je suis arrivée, l’équipe venait tout juste de terminer l’installation de la radio dans ses nouveaux locaux. Après 40 ans de mise à disposition d’un local par la mairie, celle-ci ne souhaitait plus l’accueillir dans ce bâtiment municipal. Un peu triste pour la radio de quitter ses locaux, qui faisaient partie de son histoire, avec des murs recouverts du sol au plafond. Tout est à refaire dans le nouveau lieu aux murs blancs.

Nouveau local

Ancien local

À cette charge supplémentaire s’ajoute la diminution des subventions publiques que subissent les associations culturelles. Elle a été forcée de réduire ses effectifs, notamment les postes les plus coûteux : ceux des journalistes. Pour la petite équipe et le conseil d’administration, pas de journaliste = pas de « vraie information ». Cette affirmation m’a interrogée, car j’ai rencontré de nombreuses radios associatives qui n’ont pas de « vrai·e journaliste ». En discutant avec l’équipe salariée de Saint-André, pour elleux, le journalisme est un métier à temps plein. Enchaîner les tâches administratives, les ateliers, les interviews et les formations ne laisse pas assez de temps pour approfondir la recherche d’informations. Par exemple, les animateurices ne se sentent pas assez à l’aise pour animer des débats avec les candidat·e·s aux élections municipales à venir, et privilégient les entretiens individuels.

Animateurices de l’émission “Quel bon vin t’amène”

L’équipe reste néanmoins motivée pour maintenir la radio à flot ! D’une part, le CA et les salarié·e·s ont décidé de sensibiliser et de former les bénévoles à la recherche de financements pour les soutenir. D’autre part, iels diversifient les sources de revenus avec les ateliers, mais aussi la tenue de buvettes ou l’organisation de concerts pour mettre en valeur la culture underground locale.

Radio Campus Montpellier, la jeunesse d’une radio étudiante

Studio Radio Campus Montpellier

Me voilà à Montpellier ! Ma première rencontre est avec Radio Campus Montpellier. Née en 2009, l’association émet pour la première fois en 2010. Elle n’est peut-être plus toute jeune, mais à l’échelle du réseau des Radios Campus, si. La première est née avant même la libéralisation des ondes, à Lille. La date de 2010 m’a surprise, sachant que Montpellier est une ville étudiante depuis bien plus longtemps. Apparemment, il a existé une autre radio étudiante qui a disparu peu avant la création de Radio Campus Montpellier.

Si vous suivez bien, c’est la deuxième radio campus que je rencontre (voir la newsletter de novembre), mais la première située dans une grande ville étudiante, où se croisent de nombreux cursus différents. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les Radios Campus ne sont pas exclusives aux étudiant·e·s. À Montpellier, les producteurices d’émissions bénévoles sont à peu près moitié étudiant·e·s, moitié non-étudiant·e·s. En effet, les Radios Campus visent à créer du lien entre l’université et la cité, se positionnant naturellement comme un lieu de rencontre et d’échange intergénérationnel.

Emission “L’heure des amateurs”

Emission “Vinyle Mania”

À Montpellier, Radio Campus se veut aussi un tremplin et un lieu d’expérimentation pour les jeunes qui y passent en service civique ou y font du bénévolat, en orientant certain·e·s vers une carrière radiophonique ou artistique. D’ailleurs, sur les 4 salarié·e·s, 3 ont d’abord été bénévoles pendant leurs études ou en service civique. La radio compte également 2 personnes en service civique et un alternant qu’elle aimerait voir rejoindre l’équipe si les finances le permettent (en attente du budget 2026). Et ce n’est pas tout ! Depuis ses débuts, Radio Campus Montpellier met en avant les artistes locaux et la découverte musicale.

Live artiste local à RCM

La musique fait partie de son identité : des concerts live ont régulièrement lieu dans leur studio pour valoriser la création locale et la convivialité.

En plus de cela, Radio Campus Montpellier sort aussi à l’extérieur pour des ateliers radio avec d’autres publics. J’ai pu assister à un atelier avec des enfants dans une bibliothèque d’un quartier prioritaire. Se déplacer, c’est permettre à des personnes qui ne pousseraient pas la porte de la radio d’accéder à la parole, mais c’est aussi un moyen de diversifier ses sources de financement.

Avec presque 5 salarié·e·s, même si les radios campus peuvent bénéficier de financements supplémentaires de la part des universités, cela ne suffit pas à couvrir l’ensemble du fonctionnement de l’association.

Radio Clapas, en prononçant le « s »

Radio Clapas, à l’origine spécialisée dans le jazz, est née en 1978 dans le centre-ville de Montpellier. Clapas, signifiant « tas de pierres » en occitan, fait référence à l’emplacement de la ville. Alors que le monopole d’État était encore en place, les radios pirates montpelliéraines étaient plutôt bien loties : le maire socialiste élu en 1977 était un sympathisant de la libéralisation. Selon les témoignages recueillis, les radios n’ont donc pas eu à cacher particulièrement leur activité. Plusieurs radios ont vu le jour dans la ville, diversifiant ainsi l’offre musicale et culturelle de la FM.

À la libéralisation, et jusqu’à aujourd’hui, Montpellier n’a jamais cessé de soutenir les radios associatives. Radio Clapas a bénéficié de cet environnement propice pour professionnaliser son fonctionnement et diversifier sa programmation, avec toujours plus de producteurices d’émissions bénévoles. La radio a peu à peu perdu son identité jazz, jusqu’à une grosse restructuration en 2014, après quelques déboires de gestion financière… En plus de la diminution de certaines subventions, en 2011, l’association a découvert des faits de détournement de fonds par l’ancienne secrétaire, condamnée en 2014. C’est presque 50 000 € de dettes qui se sont accumulées, selon Le Métropolitain.

Régie - Radio Clapas

Nouveau conseil d’administration, appel aux dons, développement de nouveaux projets : c’est un véritable renouveau qui arrive à Radio Clapas. L’occasion aussi de revoir sa programmation et sa signature sonore. Pour se faire une place dans un paysage radiophonique dense (Montpellier compte 8 radios associatives), la radio a choisi de se recentrer sur les musiques afro-américaines. Les émissions passent désormais entre les mains du chef d’antenne, qui harmonise phonétiquement les contenus. La grille des programmes est revue pour créer un enchaînement cohérent entre les émissions. Les producteurices bénévoles ne sont donc plus laissé·e·s en totale autonomie dans le choix de leur créneau, qui doit s’adapter à la grille et non seulement à leur disponibilité. Associations et ONG locales ont également des créneaux à l’antenne, peut-être plus disponibles sur des horaires de bureau.

En dehors des émissions musicales, ces changements semblent laisser plus de place à une parole « institutionnalisée », qui s’intègre plus facilement dans une grille en partie contrainte.

C’est une radio particulièrement professionnalisée qui renaît, et qui le revendique. Lors de mon passage, l’équipe insistait sur la chance d’avoir 2 journalistes de formation avec une carte de presse, ou encore d’avoir formé son directeur au management d’équipe. Grâce à sa force salariale, la radio peut diversifier les projets et les financements. Elle développe un Point d’Information Jeunesse labellisé par l’État, dont une salariée à temps plein est en charge. Elle est d’ailleurs la seule radio à proposer ce service en France. Par-là, elle est largement reconnue comme spécialiste de l’éducation aux médias et à l’information dans le département, où elle se déplace même en présence d’autres radios associatives à proximité.

Studio Radio Clapas

Avoir 7 salarié·e·s à temps plein, c’est aussi pouvoir proposer d’autres types de prestations. La radio innove avec de nombreux projets en démarchant des partenaires financiers : entreprises, EHPAD, Agence du service civique (qui dispense des formations civiques et citoyennes, obligatoires sur 2 jours), etc. Nous avons donc affaire à un modèle économique particulier : elle est la première radio de mon parcours à ne pas tirer la majorité de son budget du Fonds de Soutien à l’Expression Radiophonique.

Montpellier, un territoire avantageux pour les radios associatives ?

Montpellier - Centre-ville

Depuis 1977, la municipalité n’a cessé de soutenir les radios associatives de son territoire (8 radios actuellement). Cela a facilité l’arrivée de nombreuses radios, sans qu’elles soient forcément liées à des mouvements sociaux. J’ai rencontré des radios dont le positionnement politique est moins marqué, peut-être moins nécessaire historiquement pour exister et résister face à la répression policière avant 1981. Cette particularité se ressent aussi dans l’organisation interne des radios. Alors que dans les autres grandes villes où je suis passée, les radios se basent principalement sur le bénévolat, tirant parti de la densité et de la diversité de la population, à Montpellier, j’ai rencontré des radios dont le fonctionnement repose largement sur le salariat. Ce modèle a sans doute été rendu possible par le soutien politique et financier constant des collectivités locales. La ville a d’ailleurs signé une convention avec les 8 radios et est en train de développer un pôle média, où se trouvent déjà Radio Clapas, Radio Divergence et le journal La Marseillaise.

Montpellier a aussi marqué la fin de l’année pour mon tour de France des radios associatives ! Après un dernier arrêt rapide à Avignon pour participer à l’émission Accro Show à Aïoli Radio, je prends quelques semaines de vacances avant de retourner voir Aïoli en janvier pour une visite plus longue.

Le Château des Papes - Avignon

Parce Qu'autant Podcaster - Un tour de France des radios associatives

Par Lisa Giannarelli

Je m’appelle Lisa Giannarelli et je suis arrivée dans le monde des radios associatives par hasard, au fil de mon parcours. Après un master en ingénierie de projet de l’économie sociale et solidaire, j’ai trouvé un emploi de coordinatrice dans une webradio associative à Mulhouse, Radio WNE. J’ai pu apprendre à concevoir des contenus d’information sonores, passionnée par ce travail, j’ai décidé de me lancer en indépendante et de me spécialisé dans le documentaire sonore.